‹ Théâtre de CampistronChapitre 65 sur 302 · ACTE II, SCENE I. ^r · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. ^r

DORANTE

Non, etcestdans mes maux tes conseils que j'implore - Mon père fit long-temps l'épreuve de ta foi ; Et pour me consoler je ne sache que toi.

orEois, à part.

Que diable est tout ceci ?

DORAXTE.

Tu vois que ma tristesse A change mon humeur et m'accable sans cesse : Rien de ce que j'aimais ne flatte mes désirs; Et le sort m'a donné , pour finir mes plaisirs , Un bourreau de mes jours , un tyran de mon ame.

DTJBOIS.

Quel est ce tyran ou ce bouireau?

DORANTE

Ma femme.

DUBOIS

Votre femme ., monsieur ?

Tu n'en dois plus douter ; Elle me cause un mal que je ne puis dompter. Je suis désespéré !

DUBOIS

Vous est-elle odieuse ?

DORANTE

Ah ! plût au oiel î ma vie en serait plus heureuse. Mon cœur, pour mon malheur, s'en est laissé charmer^ Et je ne souffre , hélas ! que pour la trop aimer I

DUBOIS

En seriez-vous jaloux ?

DORANTE

Jusqu'à la frénésie.

DUBOIS

\ ous , monsieur , vous , frappé de cette fantaisie ; Vous , contre les jaloux déclaré hautement ?

DORANTE

Et c'est de là que vient mon plus cruel tourment. Quand j'entrai dans le monde , une pente fatale Mentraîna dans le cours de la grande cabale :

Ceux qui là composaient , m'instruisant tous les jours, J'eus bientôt attrape leurs airs et leurs discours. J'occupai mon esprit de leurs vaines pensées, Et blâmant du vieux temps les maximes sensées , J'en plaisantais sans cesse , et traitais de bourgeois Ceux qui suivaient encor les anciennes lois. Quel est l'homme , disais-je en faisant l'agréable , Qui garde pour sa femme un amour véritable? Cest aux petites gens à nourrir de tels feux : Ah! si rhymen jamais m'enchaîne de ses noeuds, Loin que l'on me reproche une pareille flamme , Que je voudrais de bien aux amans de nxa femme ! Que ne croirai-je point devoir à leur amour, S'ils peuvent loin de moi l'amuser tout le jour?

DCBOÏS.

Eh î pourquoi teniez-vous cet imprudent langage?

DORANTE

Morbleu ! pour imiter les gens de haut étage. De qui les sentimens , ou faux, ou trop outrés , De la droite raison sont toujours égarés. Connu sur ce pied-là , pour plaire à ma famille, Je m'engage ; j'épouse une petite fille. De qui l'air enfantin et l'ingénuité IS^e prenaient sur mion cœur aucune autorité. Je crus la voir toujours avec indifférence • Malheureux! de ses traits j'ignorais la puissance ! Sa beauté s'est accrue j et sa possession. Loin de me dégoûter, a fait ma passion.

DÎTBOIS.

Vous y voilà donc pris ?

DORAIÎTE.

Je n'ai connu ma flamme Qu'aux raouvcraens jaloux rp.ii déchirent mon ame. De ce trouble secret je me suis alarmé , Et j'ai douté long-temps que mon cœur fût charme': Mais enfin j'ai seuti toute mon infortune. Je crains tous mes amis , leur aspect m'importune j Je n'aspirais jadis qu'à les avoir chez moi ; Leur présence aujourd'hui m'y donne de l'effroi...

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