ACTE II, SCÈNE I
Pourquoi faut-il aussi qu'un ridicule usage Souflre (les étrangers au milieu cViin mruage? Sages italiens, que vous avez raison !... Vingt faincans sans cesse assiègent ma maison ; Ils content devant moi des douceurs à Celie : L'un dit qu'elle a l)on air; l'autre, qu'elle est pilie; Celui-ci, que ses yeux sont faits pour tout cliarmer, Que sa gr^ce jamais ne se peut exprimev ; Celui-là de ses dents vante l'ordie agréable; Enfin, tous à l'envi la trouvent adorable; Et la fin d'un discours qui me perce le cœur Est toujours employée à louer mon bonheur.
DUPOIS.
Il est vrai , c'est ainsi que la chose se passe.
DORANTE
Ils portent bien plus loin leur indiscrète audace. Ils viennent la cherciier au sortir de son lit. Chacun fait là briller ses soins et son esprit ; Ce ne sont que bons mots, que jeus , que railleries , Que signes , que coups d'œil , et que minauderies : Ma femme reçoit tout d'un esprit fort humain , Et je vois quelquefois qu'on lui baise la main.
DUBOIS
On a tort.
DORAXTE.
Cependant il faut que je l'endure.
Et le public rira , si ma bouche en murmure : Si je montre l'ennui que mon cœur en ^ecoit, Les enfans de Paris me montreront au doigt; Et, traité de bizarre et d'époux incinciit^ , Je serai le sujet d'un heure ;x vaudeville... Ah ! français , qu'à bon droit les irutres nations Regardent en pitié toutes vos action . , Et , blâmant votre esprit de mode et de cabale , Condamnent justement votre fausse moraie !
Belle réflexion !
DOR.VME.
Ce n'est pas encor tout, Campistron. 7
rî LE JALOLX DESAEUSÉ.
Ta Ton mettra bientôt ma patience ù bout,
v^i je ne vois cesser les manières d'Eraste :
li cajole Celie, et le fait avec faste;
il veut que je le voie, il paraît Taflecter.
Elle flatte ses vœux, loin de les rejeter.
Ils m'en ont convaincu. Dis-moi, que dois-je faire?
Parlerai-je à ma femme, ou faudra-t-il me taire ?
Quand je veux avec elle entamer ce discours,
La honte que je sens m"en empi'^che toujours :
Je crains de lui montrer mon extrême faiblesse ;
J'en rougis.
DUBOIS
Vous pensez avec délicatesse, Et vous C'tes , monsieur, dans un étrange cas.
DORAXTE.
Elle ira son chemin , si je ne parle pas.
DUBOIS
C'est sans difficulté.
nOPA>TE.
Si je parle au contraire.
Et que, comme un mari ne persuade çucre , ?4cs leçons dans son cœur ne fassent aucun fruit , A quelle extre'mitt' serai-je donc réduit , x De soufirir un mépris si cruel ])our ma flamme, Ou bien de maltraiter ou de quitter ma femme ?
DUBOIS
J'y trouve comme vous un embarras e'gal. Comment donc gouverner un semblable animal? !N^'importe : expliquez-vous, monsieur, avec Célie. La vertu dans sou ame est si bien établie , Je le dis sans vouloir vous faire compliment , Que vous n'en recevrez que du contentement. On obtient quelquefois plus qu'on n'ose pretcadre j Et , pour gagner sa cause , il faut la faire entendis.
nOEAKTE.