SCÈNE 1. lOS
LE ctjRÉ. Pense, Mendo, que tu pourrais encore étté plus malheureux. Un inquisiteur qui condamne un homme sur dés preuves assez faibles, crois-tu qu'il soit plus ttailquillè qiiè toi ? Un juge qui vient de signer la sentence de ttiort, crois-tu que sa conscience le laisse en repos? Et cependant^ ils n'ont rien négligé pour s'instruire. — Mais il est si difficile de reconnaître la vérité !... Quel autre que Dieu peut se vanter de connaître un coupable ? L'opinion des hommes te tourmente... mais, vivant loin des hommes, tu es peu connu d'eux. Pas un habitant de ce village n'est assez vieux pour avoir connu la profession de ton père...
MEPiDO. Oh ! monsieur le curé ! mon père !
LE CURÉ. L'alcade et moi savons seuls, je pense, qu'une loi injuste te force à prendre le métier de ton père. Mais, quand même on eût imprimé sur ton front le signe d'une profession que les hommes ont déclarée infâme, alors même, Mendo, tu devrais offrir tes souffrances a Dieu, glorifler son nom, et attendre patiemment qu'il daigne te retirer à lui. Excommunié maintenant sur cette terre, un jour tu seras associé aux élus. — Crois-tu qu'il y ait des distinctions de rang dans le ciel ?
MENDO. Mon unique espoir est en Dieu !
LE CURÉ. Tu n'as p^^s de fils, ainsi tu ne laisseras pas de malheureux après toi. Tu dois encore en remercier le ciel.
MENDO. Mais, ma fille, ma pauvre Inès!... l'ignominie de mon nom la suivra !... Hclas ! elle ne sait pas encore cet affreux secret!... Je ne sais si je pourrai jamais le lui avouer... Je devrais la placer dans un couvent... mais pom*rait-elle y trouver un asile ?
LE cuKÉ. Je le crois, Mendo. — Elle y trouvera un époux qui fait plus de cas d'un cœur pur que d'armoiries sans baiTes. Adieu. Il faut que j'aille porter à un pauvre malade des secours que m'a remis le comte de Mendoza.
UÊvtio. Ah ! c'est le plus noble, le meilleur des hommes. -^Vous le savez, tout grand seigneur qu'il est, H daigne me visiter,^ et il n'accorde pas cette faveur à l'alcade^— Hélas! s'il venait à connaiti'e !...
V L-B (soit, — Sois sans iTK{Qiétudè« ^ Ce^eiidftnt> par pnjr
104 INËS MRNDO.
denceje t'engage à éviter trop de familiarité avec lui. ^ Adieu. Il sort.
MENDO. Je vous baise les pieds. — (seui.) Honni, chassé de la société des hommes !... Personne ne dira, en voyant mon nom sur ma tombe, un requiescat in page. Un assassin obtiendrait cette prière !... Et qu'ai-je fait pour mériter mon sort?... L'Écriture a dit cependant : ce Le ûis ne portera point l'iniquité du père '. »
iNÉs entrant. Boiijour, mon papa.
MENDo. Bonjour, ma fille. Tu as l'air embarrassée^ comme si tu avais quelque chose à me demander.
INÈS. Mais, mon papa...
HENDo. Allons, parle.
INÈS. C'est... mon papa... que, comme j'ai tout rangé dans la maison... je voudrais bien aller me promener à la butte du Morisque... si vous me le permettez...
MENDO. Est-ce pour t'y promener seule?
INÈS. Mais, mon papa... Don Esteban...
MENDO. Écoute, Inès. — Vas-y si tu le veux. Je ne te parlerai que comme un ami. — Je pourrais parler en père. Nous sommes pauvres et de bas lieu... Celui que tu vas voir est riche et noble. Rappelle-toi la fable du Pot de terre et du Pot de fer.
INÈS. Mais pourtant, le père d'Esteban... (Se reprenant.) de don Esteban... don Luis, est si bon pour tout le monde!... . 11 vient vous voir souvent... Vous savez combien il vous aime.
HENDO. Don Luis, établi depuis trois mois dans ce pays, et vivant comme nous éloigné du village, ne trouve près de lui d'autre figure humaine que la mienne. Il est bien obligé de venir nous voir. — Pour don Esteban, tu es la seule femme des environs qui ne soit pas absolument noire^ et il n'est pas extraoïxiinaire qu'il montre quelque goût pour toi. Mais, prends-y garde, quand il n*y aurait entre nous que la différence de rang, Inès Mendo ne semit jamais la femme d'Esteban deMendoza. Tune voudrais pas être sa maîtresse... Évite donc toute liaison, autre que de politesse, avec les Mendoza.
INÈS. Cependant don Luis dit toujours conune cela^ que^ .