‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 61 sur 157 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

tous appreniez quelque chose sur ce que je viens de vous dire^ n'oubliez pas de m'en informer. En attendant^ continuez à l'exhorter au repentir.

DONA URRACA. J'y ferai tous mes efforts, je vous le jure.

F. BARTOLOMÉ. Mais parlous d'autres choses. Si vous aviez encore quelques-uns de ces cigares parfumés dont vous m'avez donné plusieurs paquets, j'en fumerais un volontiers. I DONA URRACA. Est-cc quc VOUS u'cu avcz plus ?

F. BARTOLOMÉ. Hélas ! mou enfant, depuis le premier jusqu'au dernier, ils sont devenus fumée.

do5a URRACA. Que ne me disiez-vous cela plus tôt ? Je vous en aurais envoyé une caisse. Tenez, cependant, prenez ce qu'il y a dans ma petaca.

F. BARTOLOMÉ. Vous êtcs Meu bonne, ma fille, je n'accepte que parce que je sais que vous avez plus qu'un pauvre moine le moyen de vous en procurer, (ii allume un cigare et fume.) — Quelles sont vos lectures dans ce moment ?

DONA URRACA. Mais... je lis d'abord les offices, et puis le Kempis, et puis la Fleur des Saints... quelquefois l'Araucana.

F. BARTOLOMÉ. La Fleur des Saints... quel dommage que, dans ce temps d'abomination. Ton n'ajoute plus de nouveaux noms à ce livre !

doSa URRACA. J'en sais bien un qui devrait trouver place sur le catalogue.

F. BARTOLOMÉ. N'achcvcz pas, ce que j'ai fait de bien dans ce monde me sera payé dans l'autre au centuple.

DONA URRACA. AmCU !

F. BARTOLOMÉ. Il faut quc je vous quitte, ma fille. Dieu VOUS garde, mon enfant !

DONA URRACA. Et VOUS aussi, mon père !

F. BARTOLOMÉ. Ah ! j'oubliais. J'ai là un chapelet bénit par aotre Saint-Père le Pape, et je veux vous le donner, (ii tire j quelques objets de ses poches.) Voyons, ceci ost mon cigarero... •;eci ma bouteille. d'eau bénite... cela...

DONA URRACA. Qu'cst-CC qUC CCk?

F. BARTOLOMÉ. G'cst dofia Bel... mais j'allais dire son nom ; c'est une dame qui m'a remis ce portrait pour le jeter à la mer.

èàyk tmnAcÂ. À la mer ?

f-. BAftToLoMÉ. Otti. Le repentir Fa touchée ; éHe renooeê à celui qui lui a donné ce portrait il y a quelqpiôfi Jours. Mais rencfez-léHoodi.

tmk tRRACA. Je toudrais &iea ouTrir là boîte.

r. BARTOLOftÉi Je m'en garderais bien ! donnez; Hai ! la toilà brisé;

Il ouUrte là boîte comme ptr mégarde et la laiufe tomb^* DbNA URBACA ramassant le portrait. Ah ! JésUS Maria !

F. JBARTOLOMÉ. Qu'avcz-tous, ma chère enfant? DOjîA URRACA. Le perfide ! il lui a éoûtté son portrait; t*. RARTOLOHÉ. De grâce, laissez-mot le rôpr^dre.

DON A URRACA retenant le portrait. Non> MÎB^êK-ifnOi. -«- ^CfiB^

bfe scélérat, c'est ainsi que tu m'as trtampée !

t. BARTOLOMÉ. Comment?...

boNA URRACA de même. Et j'ai pu me fier à ee traître?

F. BARTOLOMÉ. Comment serait-il fidèle à une fenuâe^ cehii qui n'est pas fidèle à son Dieu?

DonA URRACA. Â dona Bélisa !

F. BARTOLOMÉ. Je u'al pas dit cela.

DOPîA URRACA. Me sacrifier à une dofia Bélisa t

F. BARTOLOMÉ. Et c'est pouT ce perfide que vous compromettez votre salut éternel !

DûMA URRACA. Ah ! que n'eis-tu devant moi en ce mefiient ! je te ferais payer cher...

i^. BARTOLOMÉ. Son unique plaisir est de mettre à mal toutes les femmes de bien.

DONA URRACA. Pablo! traître Pablé t quand pecmraHJe me venger de toi?

F. BARTOLOMÉ. Voycz ! et pourtant vous le défent^ex tantôt avec tant de chaletir !

w^k URRACA. M)oi ! ce scélérat est capable de tous les crimes.

F. BARTOLOMÉ. C'est ce qul tout à Theure me le taisait soupçonner d'être l'auteur du p»nphlet.

DON A URRACA. Ah!

F. BARTOLOMÉ* Mals puisquo ce n'eiSEt pas hà,.'i iio^A URRACA à part. Je puls me venger t F* BARTOLOMÉ. Ah ! si C'était lui S

SGËNE I. ni

JK)«4 ÇBBACA à part. J*eO jOlOUITai...

r. BARTOLOBiÉ. Yous scriez l)ientôt...

iX)KA UBRACA. Oui^ mon père^ c'est lui.

F. |)A^TOL(UfÉ. Don Pablo ?

poKA URRAC4. Oui, Iç perfide Pablo.

F. 6ART0L014I:. {^a colère^ mon enfant^ vous fait déraisoQr 9^4*. Vous m'avez dit'tout à l'heure...

DOH^ viiRACA. fe suis prête à jurer sur rËvangile que don Pablo est Fauteur de ce livre abominable.

f. f^ÉkKKQjLOHt' Vous le ^avez?

90N4 y|iB4CA. je le jure. Il veut bouleverser l'Espagne;^ assassiner 1^ roi, et fprcer tous les Espagnols à se faire )iup^eAots.

F. BARTOLOMÉ. G'est CQ ({u'ils Veulent tous... Maisi vous dites la vérité ?

DONA URRACA. Je renoucc à ma part du paradis, s'il n'est pas vrai que don Pablo^ le traître don Pablo, est l'auteur de l'afifreux pamphlet. '

F. BARTOLOMÉ. Je vpu§ çroîs. Adieu, mon enfant ; reme> ciez Dieu de vous avoir montré l'hoiTeur du vice. Vous êtes sauvée. N'est-ce pas que vou$ ne donnera^ plus votre çonftaoc^ à çe§ militaires qui vous quittent pqur la pçe- PUère veaue?... qui..,

DONA URRAÇA. Adieu, mon père.

F. BARTOLOMÉ. Le Scigucur et la sainte Vierge vous aient ^|i garde ! « w^t-.

pONA URRACA seule. Le moustre ! me trahir pour dona Sélisa! dofta Bélisa ! la vieille sotte! des yeux éraillés ! une peau noire ! Me préférer cette laideron ! cette bohémienne ^née ! Ob ! don Pablo ! tu te repentiras de m'avoir trahie ! Quel plaisir j'aurai à te voir passer un san~benito sur la tête... marcher à l'auto-da-fé... Imbécile ! pourtant cela Rie f^it pleurer.. Non, je ne désire pas ta mort.... piais je voudrais te voir dans un cachot profond... humide... Non encore... je ne le voudrais pas... ma|s je voudrais tenir dona Bélisa sous ma main et la percer à tes yeux de cent coups de poignard. Alors j'aurais du plaisir à contempler ta douleur ! . . . Quel désespoir quand tu verrais le bel objet de tes feux déchue par mes mains ! Oh l cela

me vengerait mieux que la flamme d'un auto-da-fé... car je ne veux pas ta mort... Mais qu*ai-Je fait?... Peut-être me suis-je déjà trop vengée... j*ai trahi son secret. — Et n*a-t-il pas trahi l'amour le plus tendre? — Mais Fray Bartolomé est affilié à la sainte inquisition... son zèle est trop ai'dent... il va le dénoncer sans doute... On le mettra à la torture, on le fera brûler. — J*en serai cause... On dira que je l'ai fait mourir parce que je ne suis pas assez belle pour le re^ tenir... Oh ! Bélisa ! Bélisa ! tu es ma seule ennemie ! tu dois payer pour lui !.... Pablo^ je ce veux pas ta mort !... non, je ne veux pas ta mort !... Je te sauverai. Il fuira loin de ce pays... il quittera Bélisa... son amour... il sera bien malheureux... il verra ce qu'on gagne à... Et Bélisa... Oh! je me vengerai... Lauretta, du papier, de l'encre, et que mon écuyer se tienne prêt ! EUe wru

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