SCÈNE XIII
La grande salle du château d'Apre mon t.
GILBERT D'APREMONT , DE MONTREUIL , SIWARD, L'ABBÉ HONORÉ , CONRAD D'APREMONT, UN PRO- CUREUR , HOMMES D'ARMES ET PAYSANS.
d'apremont. Prenez place, messire de Siward, pourvu que cela vous amuse. Vous verrez comme nous rendons la justice en France.
siward. Volontiers; je suis bien aise de voir la mine d'un si hardi coquin.
Ils s'asseoient.
conrad à Gilbert d'Apremont. Papa, n'est-ce pas qu'on le mettra à la question ?
d'apremont. Nous verrons cela.
conrad. On le mettra à la question!
d'apremont. Eh bien! commençons. {A quelques hommes d'armes.) Vous, amenez l'assassin.
Entre Renaud enchaîné.
siward. Un gaillard bien découplé; ma foi ! de larges épaules, l'air assuré! Il aurait bonne grâce, un arc à la main et une trousse au côté 51 .
d'apremont. Te voilà, misérable! Tu oses encore lever les yeux !
de montreuil. On voit bien, à sa mine, de quels crimes il est capable.
l'abbé. Sa vue me donne la fièvre.
d'apremont après avoir parlé bas au procureur. Réponds, brigand ; quel démon t'a poussé à assassiner si méchamment notre bon sénéchal?
rrnaud. Je vous l'ai déjà dit. Il avait fait mourir ma sœur.
d'apremont. Est-ce là une raison pour qu'un vassal ose lever la main éur son maître?
Renaud. Oui, pour moi.
d'apremont. 11 se glorifie ds son crime! Y a-t-il un châtiment assez rigoureux pour un tej scélérat? Tu baisses la tôle maintenant. Tu essaies de pleurer. Oui , je te le conseille , feins un peu le repentir avec moi ; tu vas voir où cela te mènera.
renaud. Je ne me repens point.
d apremont. Comment! infâme, tu ne te repens pas! Pourquoi donc es-tu venu te livrer à notre justice?
renaud. .l'avais peur que des innocents ne fussent punis pour un seul coupable. Vous auriez peut-être fait décimer le village, ou bien on aurait donné la question aux femmes et aux . enfants, comme cela s'est fait, Tannée dernière, au Bourg- Nçuf. Je me suis livré pour éviter ce malheur.
de montreuil. L'imbécile!
d'apremont bas à Siward. Je suis presque honteux de voir à ce misérable plus de courage que n'en ont certains gentilshommes !
l'abbé. Il est possédé !
de montreuil à Siward. Avez-vous en Angleterre des coquins de cette espèce?
siward. 'Par la lance de saint George! l'audace du drôle me plaît. Je voudrais qu'il fût Anglais et l'un de mes gendarmes.
l'abbé bas. Qui se ressemble s'assemble.
le procureur à d'Âpremont. Monseigneur, avec votre permission , il serait opportun de lui demander s'il avait des complices.
renaud. J'en avais deux. •
d'apremont. Nomme-les.
renaud. Je ne puis.
d'apremont. Sais-tu que.j'ai le moyen de te faire parler?
conrad. Ah! ah! on va lui donner la question.
de montreuil. Tais-toi, nous allons voir.
d'apremont. As-tu fait tes réflexiorfs? me les nommeras-tu?
renaud. Comment le pourrais-je, les deux hommes qui