‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 117 sur 159 · SCÈNE XXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXI

Une autre partie du champ de bataille.

LE SÉNÉCHAL, OLIVIER, HOMMES D'ARMES, tous à pied. La bannière du sénéchal est plantée en terre.

le sénéchal. Compagnons, vous avez juré de défendre cette bannière ; souvenez-vous de vos serments.

olivier. Nos chevaux sont pris. Qu'allons-nous devenir?

le sénéchal. Il faut vaincre ou mourir. Beaudouin au sénéchal! Ah ! si nous avions ici seulement une centaine de bons arbalétriers génois, ils tiendraient l'ennemi à distance!

Entre Florimont à cheval, Vépèe à la main, avec sa bannière

déchirée, et quelques soldats.

le sénéchal à Florimont. A moi, Florimont! nous tenons encore. — Eh bien! jeune homme, en croirez-vous un vieux soldat?

florimont. Ah ! messire sénéchal , c'est moi qui ai tout perdu ! Plût au ciel que je fusse mort à la première décharge !

le sénéchal. Ne nous décourageons pas. Unissons nos efforts, et peut-être parviendrons-nous à nous tirer d'affaire. — Qu'est devenu messire Gautier?

plorimont. Une flèche... Ah! sénéchal, j'ai vu plus de cent gendarmes abattus par de vils archers avant d'avoir pu les toucher de la lance. Tous ces braves sont morts par ma faute!

le sénéchal. J'espérais encore... si messire Gautier... n'importe... (A Florimont.) Vous qui êtes à cheval, voyez-vous messire Enguerrand?

florimont. Depuis long-temps le lâche a pris la fuite.

le sénéchal. La volonté de Dieu soit faite ! Ne pensons plus qu'à vendre chèrement notre vie.

florimont. Oui, mourir avec gloire est maintenant ma seule espérance. Mais vous, sénéchal, conservez au roi et à la France

rO tA JAQUERTE.

une vie précieuse. Prenez mon cheval : il m'a tiré du marécage et des ennemis ; il vous portera en sûreté jusqu'à Beauvais.

// descend de cheval.

le sénéchal lui prenant la main. Vaillant jeune homme, un vieillard comme moi ne peut plus (Hre utile au roi ; conservez-lui un brave chevalier qui manquait d'expérience, mais qui vient aujourd'hui d'acquérir une expérience de cinquante années.

florimont. Je ne veux pas survivre à ma honte. Montez vite, sénéchal; plus tard il ne sera plus temps.

lé sénéchal. Non , mon cher Florimont , vous avez assez d'années à vivre pour venger cette défaite... mais moi, je ne trouverai peut-être pas une autre occasion de mourir sur un champ de bataille.

florimont. Je resterai, de par Dieu! montez, mon père> et portez cette écharpe à Matheline de Harpedanne...

le sénéchal. J'ai juré de défendre la bannière du roi; je resterai auprès d'elle tant que j'aurai un souffle de vie. florimont. Eh bien! nous mourrons ensemble.

// tue son cheval.

le sénéchal. Que faites-vous?

florimont. Au moins il ne sera pas monté par un vil paysan. — Mon père, embrassez-moi, et pardonnez-moi ma folle présomption.

le sénéchal Vembrassant. Malheureux jeune homme, ta prives la France d'un preux chevalier!

florimont à ses hommes d'armes. Roulez ma bannière ; elle n'est pas digne de flotter auprès de celle du sénéchal. — Mes amis, voilà celle qu'il faut défendre. Montjoie Saint-Denis! Beaudouin au sénéchal !

le sénéchal faisant le signe de la croix. Serrez-vous, ila approchent.

Entrent Brou n, Svcard, le Loup-Garou, aventuriers et patjsam.

brown. Laissez-nous faire, beaux sires; n'allez pas vous faire embrocher par leurs lances. A moi , Loup-Garou ! Voici un beau but pour nos flèches. Voyons qui de nous deux saura le mieux percer une cuirasse de Milan.

le loup-garou. Voyons, brave Anglais. A ce heaume doré!

Combat; la troupe du sénéchal est défaite après une longue

résistance.

le sénéchal blessé à mort. Mon Dieu! pardonnez-moi mes péchés!

florimont Eh quoi ! personne n'ose s'approcher de moi ! Je ne puis donc mourir! (// est frappé de deux coups de flèche.) Ah! si du moins c'était la lance d'un chevalier!... Jésus!

Il meurt.

brown. C'est ma flèche.

le loup-garoi'. Par le diable! c'est la mienne.

brown. Quand j'ai tiré, il est tombé.

le loup-garou. Je le visais à l'oreille, là où le heaume est moins épais.

brown. Moi au cœur.

le loup-garou. Ma foi , il en a une dans l'oreille et une dans le cœur. Mes compliments, camarade.

brown. Je te fais les miens.

olivier à Siward. A merci L chevalier, à merci! siward. Êtes- vous noble? ètes-vous riche?

olivier. Oui, capitaine, je puis vous donner une bonne rançon.

snVARD. Défaites votre gantelet vous iMos mon prisonnier.

le ittup-GARotJ. Un prisonnier! un gentilhomme prisonnier! Par Notre-Dame! je ne le souffrirai pas. A mort ! de par saint Alipantin ! Il tue Olivier.

siward. Comment! tu oses tuer mon prisonnier!

le loup-garou. Nous ne nous battons pas seulement pour gagner de l'argent, mais pour détruire la race des nobles; entendez-vous, capitaine?

siward. Je ne sais qui me retient...

slmon entrant à Siward. Capitaine , le père Jean m'envoie vous chercher. L'ennemi se défend encore au milieu de ses chariots de bagages. On dit qu'il y a un beau butin à faire.

brown. En avant! de par la moustache de Judas!

siward. En avant, camarades!

le loup-garou. A moi les loups! Tous sortent.

LA JAQUER1E.

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