‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 118 sur 159 · SCÈNE XXII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXII

Bivouac des insurgés sur le champ de bataille.

BROWN, LE LOUP-GAROU assis à boire.

brown. Je te l'ai dit, mon garçon : nous ne pouvons plus nous quereller maintenant. Nous avons bu dans le même hanap. Tu m'as donné ton arc , je t'ai donné le mien. Je ne l'aurais jamais donné à un autre , m'eùt-on offert autant de nobles à la rose qu'il a lancé de flèches. Avec tout cela , mon brave Loup, je suis fâché contre toi. Non, tu as beau dire, tu ne devais pas tuer ce seigneur quand le capitaine l'avait fiancé prisonnier.

le loup-garou. Le diable m'emporte , camarade , si je me laisserais dire la moitié de cela par un autre que toi ! — Vous autres Anglais, vous faites de la guerre un commerce.

brown. Eh bien 1 ventre de bœuf! n'avons-nous pas raison?

le loup-garou. Oui ; moi aussi j'aime à gagner de l'argent avec mon arc et mon sabre. — Mais je déteste tellement les nobles, que pour le plaisir d'en assommer un je renoncerais, je crois, au profit de cette guerre.

brown. Chacun son goût. Permis à toi de suivre le tien. Mais , tête bleue 1 laisse les autres faire comme ils l'entendent. Le capitaine est d'une fureur de diable. Il dit que tu lui as fait perdre plus de trois mille francs.

le loup-garou. Que veux-tu que j'y fasse? Je me suia donné du plaisir pour plus de dix mille francs. Bah! ceux qui sont morts, sont morts. Vois-tu cette masse : j'ai fait au manche trente-trois Coches. Sais-tu ce que cela veut dire?

brown. Non.

le loup-garou. Cela veut dire que j'ai tué pour ma part trente-trois nobles ou varlets de nobles; et j'ai juré de ne pas coucher dans un lit que je n'en sois arrivé au demi-cent. J'es-

père bien que mon vieil ennemi d'Apremont mo fera faire une belle coche de plus.

browx. Courage , mon luron ! mais ne tue pas les prisonniers des autres. Promets-moi , cher enfant, que cela ne t arrivera plus.

le loup-garou. A la bonne heure! je suis ton ami. C'est à toi que je le promets , et non à ton capitaine , dont je me soucie comme d'une flèche cassée.

brown. Ah! voilà un brave homme! Tu es la perle des français. Moi aussi je suis ton ami, le diable m'étrangle! fiens, Loup-Garou , nous pourrons bien un jour nous trouver mus deux bannières ennemies ; mais, par saint George ! si je bandais mon arc contre toi... Eh bien! je manquerais mon c °up... La peste m'étouffe!

le loup-garou. Embrasse-moi , compère. Tiens, buvons un coup à notre amitié.

brown. Je le veux, et je boirai à toi une pinte entière.

le loup-garou. Donne-moi le hanap, que je te fasse raison, tous sommes comme saint Castor et saint Pollux, les deux Meilleurs archers et la meilleure paire d'amis.

brown. Saint Castor et saint Pollux, de quel pays étaient-ils?

le loup-garou. L'un était Français, et l'autre Anglais.

brown. A leur santé !

lé loup-garou. Ensuite, s'il reste du vin, nous boirons à la ll Sue des communes et au père Jean.

B&OWN. Ton père Jean ne me plaît pas trop.

le loup-garou. A cause?

brown. Je n'aime pas à voir un frater en robe noire commander à des gens cuirassés.

le loup-garou. Aimerais-4u mieux un chevalier tout bardé ^ e fer, et qui fait le brave parce qu'on ne pourrait le piquer wéme avec une aiguille?

brown. Tu sais ce que je pense de ces statues de fer. Mais , m & foi 1 chacun son métier. Un frocard général ne me plaît pas. Le nôtre ne veut pas qu'on s'écarte pour piller. 11 veut e| ïîpècher de violer, enfin de faire tout ce qui se fait dans une

ZU LA JAQUER1E.

guerre réglée. Et puis il nous prêche de temps en temps des sermons , je ne les aime pas.

le loup-garou. Je le laisse dire, et j'en fais à ma tète.

brown. Où compte-t-il nous mener? Veut-il retourner à sa

bicoque d'Apremont?

le loup-garou. Je l'imagine; le vieux baron tient encore.

brown. Nous ferions bien mieux d'aller fourrager tout droit devant nous. Au moins nous aurions un pays tout neuf à courir.

le loup-garou. Voici le père Jean , il va nous dire ce que tu veux savoir.

f. Jean entrant. Franque, il faut que tu te rendes au siège d'Apremont. Thomas me fait dire que Pierre ménage l'ennemi. Il faut en finir, et ne pas laisser un seigneur debout derrière notre armée.

le loup-garou. Ce coquin de Pierre ! je m'en suis toujours méfié.

F. jean. Nous autres, nous allons marcher sur Beauvais. On me dit que nous y trouverons des amis qui n'attendent que notre présence, pour chasser la garnison et nous ouvrir leurs portes.

Brown. A Beauvais! Morbleu ! beau père, vous avez là une bonne idée. Voilà une belle ville à mettre à sac !

le loup-garou. Et par les cornes du diable! je n'y serai pas !

F. jean. Sois tranquille; l'armée te donnera ta part dans lë butin. Mais cours au siège d'Apremont, et donne-moi promptëmerit de tes nouvelles. Quand nous aurons pris Beauvais. je t'fenverraij s'il le faut, un millier de bras pour t'aicter.

le loup-garou. Bientôt vous entendrez parler de moi. — Adieu, camarade. (// serre la main de Brown, et sort.)

brown. Adieu; bonne chance f

Ils sortent.

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