‹ Théâtre de Clara Gazul, comédienne espagnole suivi de La Jacquerie, scènes féodalesChapitre 98 sur 159 · BROWN, RENAUD, MORAND, GAILLON · texte numérisé non relu

BROWN, RENAUD, MORAND, GAILLON

Brown est habillé comme un simple archer.

brovvn frappant sur la table. Du vin ! du vin ! Veut-on nous faire mourir de soif? Je suis le roi de l'arc, et c'est moi qui paie.

gaillon. Foi d'honnête homme, sire archer, vous êtes un bon garçon pour un Anglais.

renaud. C'est vrai, et je lui pardonne d'avoir gagné le prix.

brown montrant son arc. Voilà ce qui s'appelle un arc! Six pieds de bois d'if sans nœuds, et droit comme une lance quand il est débandé. Tenez la corde de la main droite à la hauteur de l'œil , poussez l'arc de la main gauche jusqu'à trois pouces du fer, et vous lancerez une flèche dont on parlera ».

morand. Nous avons vu que vous avez l'œil et le bras bien

exercés.

brown. Parbleu ! je le crois. Savez-vous que tout le monde ne bande pas un arc anglais ? au lieu que de vos arcs le plus fort casserait sous une flèche anglaise.

renaud. Autrefois il y avait ici quelqu'un dont l'arc vous aurait peut-être fait venir des ampoules aux mains.

brown. Par le chef de saint George I je serais bien aise de voir cette rareté.

renaud. Cet arc n'est plus dans le pays, et, si l'archer qui savait le tendre s'y trouvait encore, vous n'auriez pas si aisément gagné la coupe et le baudrier 25 . — A votre santé, compère !

brown. Et qu'est-il devenu cet archer-là? Je ferais douze lieues à pied pour le voir.

renaud. 11 n'est peut-être pas loin de nous.

morand se signant. Dieu le saitl brown. Enfin où est-il, où peut-on le voir?

renaud. Le voir? Ne le voit pas qui veut.

gaillon. Et qui ne veut pas le voir le voit. C'est là le pire. morand. Avez-vous entendu parler du Loup-Garou? brown. Oui, un peu.

. morand. Eh bien I tâchez de ne pas le rencontrer sur votre chemin.

brown. Comment ! c'est ce chef de voleurs qui tire si bien de l'arc?

gaillon. Voleur, ce ne serait rien, mais on vous dit qu'il est loup-garou.

brown. J'irais voir le diable si je savais qu'il tirât mieux que moi. Et n'a-t-il pas un autre nom, celui que vous appelez le Loup-Garou?

morand. Il se nommait Chrétien Franque quand il était encore de ce monde.

brown. Il est donc mort?

morand se signant encore. Non, mais il est devenu loupgarou.

brown. Vous vous moquez de moi. Parlez donc plus claire-

ment et n'ayez pas l'air si effrayé. Qu'est-ce qu'a fait cet homme pour que vous l'appeliez Loup-Garou ?

morand bas. Attendez que ce gendarme de monseigneur se soit éloigné. — Écoutez; il y aura deuràns à la Saint-Nicolas que Franque, qui de son métier était maréchal ferrant, rentrant chez lui après avoir été donner une médecine au cheval de mon compère Henriot, ne trouva pas sa femme à la maison. Un voisin, il y en a toujours de ces âmes charitables, lui dit que monseigneur l'avait fait appeler au château, qu'elle lui avait plu; et elle, la femme de Franque, ne valait pas mieux qu'une autre; elle était bien aise qu'un seigneur la mît dans son lit. Franque ne dit rien. Finalement elle revint. II était à sa forge, il la voit entrer : « Ahl te voilà? dit-il. — Oui, dit-elle. — Tiens, dit-il, » et d'un seul coup de son gros marteau il lui fit sauter la cervelle.

rrown. Oui, une masse est une bonne arme , après l'arc s'entend.

morand. Oh! il lui cassa la tète comme je casserais un œuf. Monseigneur le fit mettre au cachot ; il voulait le faire pendre, mais je ne sais si Franque s'est donné au diable, qui l'a emporté, ou bien s'il avait un sort pour les serrures dans sa poche

renaitd. Moi , je crois que c'est son garçon qui lui a jeté par le soupirail une lime avec laquelle il a scié un barreau.

morand. Tant y a qu'il s'est sauvé dans les bois. Là , ce vieux loup blanc, que le père de monseigneur n'a jamais pu tuer, un vieux loup qui a plus de... bah! plus de deux cents ans; tout le monde le connaît : ce vieux loup blanc l'a regardé avant que Franque ne l'aperçût a4 , et il est devenu aussitôt loup-garou. Il est tout couvert de poils, il mord tout ce qui l'approche, et ceux qui n'en meurent pas deviennent loupsgarous comme lui et font mille horreurs dans le pays.

gaillon. 11 y a six mois qu'Étienne Durer l'a vu, et depuis ce temps il est devenu enragé.

renaud. Je ne crois pas qu'il soit un véritable loup-garou , mais il est aussi dangereux. Il n'y a pas deux semaines que nous avons trouvé le vieux garde-chasse Mathieu tout déchiqueté par ces diables-là.

morand. Le jour, ils ont encore la figure d'hommes; mais

280 LA JAQUERIE.

la nuit, ils deviennent comme des loups et marchent à quatre pattes. Pas plus tard qu'hier au soir, je les ai entendus hurler.

brown. Et vous croyez tous ces contes de vieilles? Votre loup-garou est un gaillard qui a du cœur, et qui s'est fait voleur pour se venger. Il aurait mieux fait de se faire archer dans une compagnie franche, mais pour cela il faudrait voir comment il tire.

morand. Soyez persuadé qu'il tire si bien, que monseigneur ne va jamais à la chasse sans être bien accompagné, et qu'il porte encore une cotte de mailles sous son jupon de velours.

rrown. Il n'y a qu'une cotte de mailles de Milan , par-dessus un gambison* 5 bien épais, qui résite à une flèche anglaise. — Sus, buvons. — A ce que je vois, vous n'aimez pas trop votre seigneur : c'est comme partout.

renaud. Oui, partout. J'en sais un à Genêts qui...

morand. ChutI on t' écoute là-bas.

rrown. On vous traite comme des bêtes.

gaillon. Pis, car ils pansent leurs chevaux et les nourrissent bien.

brown. Aussi faut-il dire que vous avez plus de docilité que les chevaux.

morand. De la docilité?

brown. Oui, vous êtes plus dociles, plus patients que des chevaux ; vous souffrez les coups et vous ne ruez pas. Dans mon pays, on n'est pas si endurant. Quand je salue un seigneur, il m'ôte son bonnet, et, si le premier lord d'Angleterre s'avisait de coucher avec ma femme, je lui ferais payer une amende de deux cents francs, bien heureux si je ne lui plantais pas une flèche dans le corps.

morand. Ah! ah! les paysans sont donc les maîtres chez • vous?

gaillon. Qui donc travaille aux champs dans votre pays?

BfcowN. Chacun travaille pour soi, mon garçon, chacun garde ce qu'il gagne. Nous sommes tous libres , entends-tu , et buvons à la gloire de la vieille Angleterre !

gaillon. Buvons. J'ai toujours soif avec des amis; et il y

SCKNES FÉODALES. 281

a si long-temps que je n'ai bu de vin! Nous sommes trop misérables pour en acheter.

renaud. Je ne boirai pas à la gloire de l'Angleterre; cette bataille de Poitiers me pèse sur la poitrine.

morand. Et moi, je boirai à la santé du roi de Tare, qui est un bon compagnon; car enfin il faut boire, il paie le vin , et nous ne pouvons pas nous régaler tous les jours.

brown. C'est parler, cela! Buvons, mes maîtres; oubliez vos chagrins : Anglais et Français, nous sommes maintenant amis pour six mois 26 . Et vous, là-bas, remplissez votre verre et ne pensez plus à Poitiers.

renaud à Broivn. Ce sont les seigneurs qui ont laissé prendre le roi.

brown. Ah ! si vous aviez vu ces messieurs bardés de fer, comme ils tombaient sous nos flèches, il y avait de quoi faire crever de rire.

gaillon à Broivn. Vous auriez bien dû en garder une pour monseigneur d'Apremont.

morand à Gaillon. Prends garde , Gaillon; tu parles trop haut, quand tu bois.

gaillon. Je m'en moque ! Qu'est-ce que cela me fait à moi? Je veux parler, je veux aller en Angleterre, et je veux que Gilbert d'Apremont m'ôle son bonnet.

morand. Il est ivre!

renaud à Brown. On m'a dit que nos archers s'étaient » bien battus à Poitiers , mais que les seigneurs avaient tout perdu.

brown. C'est vrai.

gaillon. Oui, c'est vrai, ils perdent tout. Qui ose dire le contraire?

morand. Mais tais-toi doncl

brown. Vos archers avaient envie de bien faire; mais des arcs comme les leurs, cela n'est bon que contre les moineaux.

gaillon. Sire archer, menez -moi en Angleterre, je veux être maître à mon tour.

brown. Le veux-tu, mon brave? prends un arc, va trouver un capitaine que je te nommerai, et lu seras plus libre et plus heureux qu'un roi.

ni LA JAQUERIE.

gaillon. Oui, c'est cela, je veux être roi , par le ventre de saint Ferréol!

brown. Et vous, mes compères, voilà ce que vous devriez faire; avec des bras et des épaules comme les vôtres, n'avezvous pas de honte de travailler à la terre? Mettez-vous une épée au côté, une targe sur le dos, et l'univers est à vous.

renaud. J'aime mon pays, bien que j'y sois misérable.

morand. Comme si nous pouvions quitter les terres de monseigneur! il nous ferait bien vite reprendre le manche de la charrue, et j'ai mal au dos rien qu'en pensant à la manière dont il punirait notre équipée.

brown. Le roi ne te ferait pas sortir d'une compagnie d'aventure; nous ne recevons d'ordres que du capitaine, que nous nous choisissons.

renaud. Quand môme nous serions libres, nous n'irions pas courir le monde. On aime la cabane où l'on est né.

brown. Voilà comme ils sont tous ces Français, Toujours ils se plaignent, et jamais ils n'ont le courage de se rendre libres.

morand. Vous en parlez bien à votre aise, camarade. Entre Simon.

renaud. Qu'est-ce qu'a donc Simon? Eh! Simon! par ici! Qu'as-tu donc? Tu as l'air malade.

simon. Ah! ce aue j'ai vu suffirait bien pour me rendre malade. Le corps de Girart est là-bas, coupé en morceaux, auprès d'un arbre, et les chiens de monseigneur sont en train de le manger.

tous excepté Gaillon qui est assoupi. Quelle horreur !

brown. Comment ! par saint George ! il nourrit ses chiens de chair humaine !

simon. J'ai jeté des pierres aux chiens, et je voulais enterrer le corps, mais le sénéchal a passé; il m'a dit que je méritais d'ôtre pendu, pour battre les chiens de monseigneur, et troubler la justice de la baronie.

brown. Ah! s'il se trouve jamais à un jet d'arc de moi...

Morand. Vit-on jamais pareille impiété ! c'est pour cela que la châsse de monsieur saint Leufroy n'a pas sué. C'est cela qui l'a irrité.

gaillon se réveillant. Qu'est-ce que vous dites donc? — Pourquoi ne buvez-vous pas?

brown. Faire manger aux chiens de la chair humaine! gaillon. Qui donc parle de manger? j'en suis; mais il faut boire en mangeant, ou l'on s'étrangle.

RENAun. Savez-vous ce qu'il faut faire, mes amis? simon. Qu'est-ce ?

renaud. Allons tous ensemble enterrer ce cadavre.

morand. Nenni, je n'en suis pas. Je vois d'ici le sénéchal qui s'avance avec une douzaine de sergents.

simon. J'ai déjà reçu des coups de bâton pour avoir essayé.

renaud. Lâches que vous êtes, un jour il vous en arrivera peut-être autant à vous-mêmes.

brown à Renaud. Écoute, mon garçon, allons-y ensemble, et je mets mon arc sous mon bras.

Ils sortent.

morand. Plaise à Dieu qu'ils ne trouvent personne pour les en empêcher !

simon. Voici le sénéchal qui vient de ce côté, allonsnous-en.

Ils sortent.

gaillon. Eh bien! tout le monde s'en va, et personne ne veut me tenir compagnie. Il faut donc que je boive ces bouteilles-là tout seul.

Entrent le sénéchal, Pierre et quelques hommes d'armes.

gaillon. Holà! monsieur le sénéchal, ôtez donc votre bonnet quand vous passez devant les gens.

le sénéchal. Que dit ce maraud?

un homme d'armes. Ote ton bonnet, imbécile; ne vois-tu pas monsieur le sénéchal ?

gaillon. Sénéchal ou baron, donne-moi deux cents francs d'amende, ou je te plante une flèche dans le corps.

le sénéchal. Ah ! coquin, c'est ainsi que tu oses me parler! Tu vas bien vile changer de ton.*— Saisissez ce drôle et me l'émouchez avec vos ceintures de cuir, du côté de la boucle.

pirrrr. Monsieur le sénéchal, c'est un enfant qui a bu un

284 LA JAQUERIE.

peu Irop de vin et qui s'est enivré. Renvoyez-le dans sa maison; il sera sage quand il aura dormi.

le sénéchal. Ivre ou non, qu'on le fustige; d'ailleurs, cette canaille est trop insolente, elle a besoin d'un exemple.

pierre. Vous en trouverez d'autres plus coupables.

le sénéchal. Alors ils auront le double de coups. {Aux hommes d'armes qui battent Gaillon.) Allons, compères, frappez à tour de bras ! Jacques Bonhomme a le cuir dur.

gaillon battu. Au secours ! à l'aide ! je suis mort ! au meurtre!

le sÉNÉcrtAL. Plus fort donc! vous ne faites qu'épousseter son habit.

simon revenant. Qu'est-ce donc? qu'y a-t-il?

gaillon. A mon secours, Simon, mon ami! ils veulent mo tuer.

morand revenant. Quoi ! c'est ce pauvre Gaillon que l'on bat si cruellement ! qu'a-t-il donc fait?

gaillon. Je n'ai rien fait! je n'ai rien fait! Au secours! au meurtre 1

Entre une foule de paysans.

Barthélémy. Comment ! battre un homme le jour de la Saint-Leufroy !

autre paysan. C'est un jour de franchise ; cela crie vengeance.

autre paysan. Est-ce que nous le laisserons assommer sous nos yeux?

le sénéchal. Hors d'ici , canaille , ou je vous ferai couper les oreilles !

gaillon. Tirez-moi de leurs mains, mes amis! Je suis innocent.

foule de paysans. Qu'on le mette en liberté ! — Délivrons-le.

Barthélémy. Aux bâtons! sus aux bâtons! Leufroy!

paysans. Aux bâtons! aux bâtons!

le sénéchal à ses gendarmes. Enfants! flamberge au venlî chargez-moi ces ivrognes.

paysans. Assommons-les à coups de pierres! — Ils ne sont

qu'une douzaine. — Nous allons en venir à bout. — Allons chercher nos arcs au cabaret. — A nous les archers d'Apremont !

Tumulte; erttre le F. Jean.

f. jean à part. Que vois-jeî ils attaquent le sénéchal 1 Le vin leur a donc montré leurs forces. Encorfe si c'était ces moines qu'ils voulussent lapider! {Haut.) Enfants! quel scandale ! Le jour de la Saint-Leufroy î Arrêtez, ou je vous excommunie!

paysans. Arrêtez , arrêtez ! c'est le père Jean qui nous soigne quand nous sommes malades. — Ne jetez pas de pierres.

le sénéchal. Parbleu , mon père , mêlez-vous de vos affaires; vous n'êtes point ici sur les terres de votre abbaye, et, quand vous y seriez , vous n'êtes point abbé. Allez-vous-en dire votre bréviaire, et laissez-nous.

f. jean. Sénéchal! vous oubliez que vous parlez à un ministre du Seigneur.

paysans. En avant! le père Jean est pour nous!

f. jean. Jadis, le jour de la Saint-Leufroy, il était défendu de punir un criminel, et c'est un enfant innocent que vous traitez avec tant de cruauté?

Entrent Isabelle, de Montreuil t suite.

le sénéchal. A moi , sire chevalier! aidez-nous à châtier ces insolents! Courage! ils sont à nous.

Les paysans prennent la fuite.

Isabelle. Grand Dieu! d'où vient ce tumulte? Arrêtez, au nom du ciel! Sénéchal, ne poursuivez pas ces pauvres gens.

de montreuil. Pourquoi ce tapage?

le sénéchal. Je faisais corriger un de ces vilains , et ses camarades ont voulu nous l'enlever. Ils m'ont lancé des pierres, et voici deux flèches qui sont tombées près de moi. Je saurai qui les a tirées.

Isabelle montrant Gaillon. C'est ce pauvre enfant que l'on battait. Il a l'air si doux. Monsieur le sénéchal , pardonnez-lui, je vous en prie , à cause de moi. N

le sénéchal. Voilà le moyen de les rendre intraitables. (A Gaillon.) Sauve-toi, coquin.

// lui donne un grand coup de plat d'épée, Gaillon s'enfuit.

de montreuil. Belle cousine, vous êtes trop bonne pour vos serfs. Celte espèce est comme les chiens qui vous mordraient si l'on n'avait toujours le fouet à la main. ,

Isabelle. Fi donc, monseigneur! Comment pouvez-vous donner le nom d'un animal à des chrétiens?

pierre à demi-voix. Vive notre bonne maîtresse !

Isabelle à de Montreuil. Vous le voyez , le père Jean leur a parlé, ils se retirent en silence. Les voilà redevenus doux comme des moutons.

de montreuil. Ah ! que vous connaissez peu cette engeance ! Ils ont pris la fuite, les ribauds, parce qu'ils m'ont vu venir avec mes sergents.

le sénéchal. C'est notre douceur qui les enhardit à mal faire.

Entre une femme qui se met à genoux devant Isabelle.

la femme. Noble demoiselle , ayez pitié d'une malheureuse veuve qui n'a pas de quoi donner à manger à quatre petits enfants.

le sénéchal. Allons, houste, hors d'ici la vieille.

Isabelle. Sénéchal, ne repoussez pas cette pauvre femme. C'est à moi qu elle parle. — Qui es-tu , ma bonne mère?

la femme. Je suis la "veuve de Girart, qu'on a pendu hier par l'ordre de monseigneur. Il gagnait du pain pour mes enfants; comment ferai-je pour les nourrir, toute seule?

le sénéchal. File du chanvre, c'est la saison.

Isabelle. Pauvre femme!

la femme au sénéchal. Je n'ai pas un denier pour en acheter.

Isabelle. Prenez ces quatre florins, ma bonne. Je suis fâchée de n'avoir pas davantage à vous donner.

la femme. Que Dieu vous le rende, ma noble demoiselle; que Dieu vous bénisse! {A part.) Puisse-t-il pardonner à son père à cause d'elle! {Haut.) J'ai encore une grâce à vous demander, noble demoiselle.

Isabelle. Parlez.

la femme. Permettez qu'on enlève mon pauvre mari: il est là-bas étendu par terre, et monsieur le sénéchal a défendu qu'on jetât un peu de terre sur lui.

Rentre Broun.

Isabelle. Est-il possible?

le sénéchal. C'est l'ordre de monseigneur.

Isabelle. Mon père n'a pu donner cet ordre! (A sa suite ) Allez, vous autres, enterrer ce cadavre.

pierre. J'y cours.

brown. C'est déjà fait.

le sénéchal. Et qui l'a fait?

brown. Moi; je n'aime pas à voir les chiens manger de la chair humaine?

le sénéchal. Pourquoi te mêler de ce qui ne te regarde pas? Que viens-tu faire ici?

brown. Tirer de lare... et vous savez que je m'y entends?

Isabelle à Brotcn. Vous êtes un brave homme, sire roi de Tare, et un bon chrétien. Dieu vous le rendra.

la femme à Brown. Oh! monsieur l'archer, que je vous remercie 1 c'est mon mari que vous avez enterré.

brown. Il n'y a pas de quoi, la mère, ce sont do ces services que l'on rend à charge de revanche. Tenez, voici un florin pour boire à ma santé.

Entre un Anglais habillé en paysan.

l'anglais bas à Broivn. Eh bien?

brown bas. J'ai vu Gilbert descendre du château. 11 n'est armé que d'un jacque* 7 et n'a que cinq hommes avec lui. Voici sa fille. Cours au capitaine Siward, et dis-lui qu'il est temps.

Ils sortent.

le sénéchal. Cet homme m'a tout l'air d'un bandit.

de montrei'il. Il s'est dit archer du capitaine Dillon.

Isabelle. Quel qu'il soit, il s'est comporté en brave homme. Je regrette que mon père n'ait pas beaucoup d'aussi bons serviteurs.

de montrei'il. Dites d'aussi bons archers»

le sénéchal, li a donné de l'argent à cette vieille mendiante par pure fierté ; et qui sait s'il n'a pas volé hier le florin qu'il donne aujourd'hui?

Isabelle. Vous voyez tout en mal.

de montreuil. Allons un peu de ce côté , les vilains vont courir la quintaine. Je ne connais rien de si amusant que de voir ces gros lourdauds tomber rudement sur le sable, en recevant un bon coup sur les épaules.

le sénéchal. D'où vient donc ce bruit de chevaux? il y a des cavaliers qui galopent dans la grande avenue.

Isabelle. Ce n'est pas mon père, car je le vois là-bas.

de montreuil. J'entends comme... un cri de guerre.

Isabelle. Vous me faites trembler! ne faites donc pas de ces plaisanteries-là.

paysans. Les Anglais! les Anglais! Alarme!

Isabelle. Dieu! les Anglais! Où fuir? Et mon père!

de montreuil. C'est ici qu'il faut être leste, tâchons de gagner le pont-ievis avant eux. En arrière! en arrière! Sire sénéchal, prener la main de ma cousine, pendant que je lâcherai de protéger votre retraite.

Entre une foule d'hommes, de femmes et d'enfants fuyant de tous les côtés, emmenant leurs bestiaux, etc.

morand à Montreuil. Ah 1 monseigneur ! Venez à notre aide, autrement c'est fait de nous.

le sénéchal. Ah ! tu penses à nous maintenant. Va prendre ta cognée, coquin, et viens nous aider.

pierre à de Montreuil. Monseigneur, il est impossible de nous retirer au château. Voyez ces vingt hommes habillés de vert, ce sont leurs archers qui nous ont coupé le chemin.

le sénéchal. Oui, par Notre-Dame de Beauvais! Et voici à leur tête ce traître qui a gagné le prix.

de montreuil. Sainte Vierge! et nous n'avons pas de cuirasses !

La suite de Montreuil et quelques paysans se serrent en peloton, et tâchent de se faire un abri avec les tables et les bancs. On voit dans le fond Siicard, Broivn et les Anglais, pillant et emmenant les bestiaux.

Isabelle. Sainte Vierge, que deviendrons-nous?

pierre à Isabelle. Madame, entrez dans cette cabane, vous y serez à l'abri , en attendant que nous soyons secourus. Je resterai à la porte, et, tant que je serai vivant, personne n'entrera.

de montrel'il à Isabelle. Oui, oui, cachez-vous quelque part. (Aux siens.) Ferme, mes amis!

Isabelle. Je me meurs, je ne sais si j'aurai la force d'aller jusque-là.

pierre. Souffrez que je vous porte. (A un de ses camarades.) Geoffroy, tiens cette table devant elle , que les flèches de ces brigands ne la blessent pas.

Il emporte Isabelle dans la maison.

anglais. Siward en avant! ville gagnée!

de montreiul. Ferme ici , mes prudhommes! Vilains, armez-vous.

Combat; entre F. Jean.

f. jean. Malgré ma haine pour d'Apremont, mon sang bouillonne quand je vois un village français saccagé par des Anglais. J'ai bonne envie de reprendre mon ancien métier. t Oui, voici une pique par terre, cela est trop tentant. A moi, mes amis! saint Leufroy nous délivrera de ces mauvais chrétiens* 8 .

Il se mêle aux combattants.

brigands derrière la scène. Hou! hou LLoup-Garou! paysans. Voici le Loup-Garou pour nous achever! Nous sommes perdus !

Entrent le Loup-Garou et sa troupe.

le loup-garou. Ils sont à nous! Anglais et Français, à mort tous! Jetez du feu sur les toits! Hou! hou! Loup- Garou ! m

Un brigand s apprête à jeter un brandon allumé sur la cabane où est Isabelle; Pierre, qui est resté à la porte, le tue. Quelques combats partiels. La troupe ' de Montreuil s* augmente à chaque instant de paysans qui viennent s'y réfugier. Gilbert oVApremont, qui est parvenu à se dégager des Anglais qui ï 'entouraient , vient se mettre à la tête des siens.

290 LA JAQVmUL.

d'apremont. A moi, me» braves amis ! C'est pour vos mai- • sons, c'est pour votre seigneur que vous combattez !

le sénéchal. Ils se dispersent pour piller! Si les vilains avaient du cœur, nous pourrions nous tirer d'affaire.

f. jean. Courage, enfants! vous le voyez, les loups attaquent aussi les Anglais.

de montreuil. Ah! si nos gens du château voulaient se dépêcher!

dapremont. Montreuil, qu'as-tu fait de ma fille?

de montreuil. Elle est en sûreté, je crois. Par saint George ! pensons avant tout à nous battre, et à nous garantir de leurs flèches.

siward aux siens. Derrick, que l'on chasse les bœufs sur le grand chemin. Que personne ne s'amuse encore à piller. Gilbert doit être dans cette petite troupe, et je veux l'avoir, sa rançon sera belle.

U Combat.

P. jean aux paysans. Appuyez vos piques contre terre, et dirigez-les aux nez des chevaux.

de montreuil. Gloria tibi, Domine! Le pont-levis s'abaisse, nous allons être secourus.

d'apremont. Saint-Denis! Notre-Dame d'Apremont f 9 1 siward. Siward en avant!

le loup-garou aux brigands. Voici toute la meute qui débouche du château. Nous en avons assez fait, le village est en feu! Sauvons notre butin. En retraite, à la forêt! A moi les loups !

// sort suivi des siens.

brown à Siward. En retraite, capitaine! voici on gros de gendarmes qui s'avance pour nous charger. Nos gens sont si âpres à la curée, quils ne veulent pas garder d'ordre.

siward. Siward ne quitte pas sitôt la partie. Sont-ils nombreux, ces gendarmes français?

brown. Sans doute, et bardés de fer; nos flèches rebondissent sur leurs cuirasses comme sur une enclume. En retraite, de par le diable !

siward. Rassemble les archers, je les recevrai avec mes gendarmes.

brown. Vos gendarmes sont à piller ! en retraite, vous dis-je. gendarmes d'Âpremont , derrière la scène. Saint-Denis! Notre-Dame d'Apremont! d'Apremont à la rescousse 50 1

d'apremont. C'est trop long-temps se défendre! chargeons-les à notre tour! Suivez votre seigneur! Suivez Gilbert d'Apremont.

siward. Je vois d'Apremont. Voici l'instant que j'attendais. A moi, Gilbert, un coup de lance en l'honneur des dames!

Ils courent l'un sur Vautre, d'Apremont est renversé. Pierre, d'un coup d'épée, coupe les jarrets du cheval de Sitvard, qui tombe à son tour.

pierre. Rendez-vous, capitaine, ou je vous enfonce ma miséricorde dans le corps 51 .

siward. Je ne nie rends pas à un vilain. Où est ton maître?

pierre, Eh bien ! meurs donc !

// va pour le percer. %

d'apremont qui s'est relevé. Arrête, Pierre! Il vaut son pesant d'or. Rendez-vous, capitaine.

siward. Voici mon épée.

brown dans le fond. Bonsoir, capitaine. Vous m'en croirez "ne autre fois. Voici pour celui qui vous a pris..

pierre frappé d une flèche. Jésus! je suis mort.

77 tombe.

• d'apremont. Montreuil, prends mon cheval et conduis nos gendarmes à la poursuite de ces pillards. Les voilà qui fuient en désordre. — Où est ma fille? Sénéchal, Tavez-vous vue?

pierre. Dans cette cabane. . . Faites-la sortir. . . le feu s'étend de ce côté.

d'apremont entrant dans la cabane. Isabelle! ma fille, où es-tu?

f. jean. Courez au feu, mes enfants. Laissez les gendarmes poursuivre les Anglais. Abattez cette maison pour arrêter le feu; faites sonner les cloches. [Il butte contre le corps de Pierre.) Eh! c'est toi, mon pauvre Pierre, que voilà percé d'un grand coup. Parle. Es-tu encore vivant? Ne me reconnais-tu pas?

292 LA JAQUERIE.

pierre. Quoi! c'est vous, madame... Vous daignez.... I Mais... où suis-je?

f. jean. Pauvre garçon! il a le délire. Rassure-toi, ta blessure n'est pas mortelle. La moitié du fer est hors de la plaie, et ton baudrier de buffle a un peu amorti le coup. !

d'apremont sortant de la cabane. Holà! Pierre... aidemoi... ah! il est mort. Tant^pis. Jacob, Meunier, faites une litière avec des lances et vos manteaux; ma fille est évanouie, et il faut la porter au château. Frère Jean, venez vite avec moi ; ma fille est malade , et nous avons besoin de votre clergie 5t .

f. jean. Voici un homme qui en a plus besoin qu'elle.

d'aprbmont. Morbleu ! voulez-vous comparer la vie de ma fille avec celle de mon serf? Venez , je vous paierai bien.

// sort; on emporte Isabelle évanouie.

F. jean à un paysan. Apporte-moi de l'eau. (// fait boire Pierre^Tiens, bois, mon ami ; comment te trouves-tu maintenant?

pierre. Un peu mieux... et les Anglais?

f. jean. Ils sont en fuite.

pierre regardant la cabane où était Isabelle. Cette porle est ouverte où est madame Isabelle?

f. jean. Son père l'a emmenée au château. Elle est évanouie, et il voulait m'obliger à te quitter pour lui donner mes soins....

pierre. Courez vite, mon père... Elle est peut-être blessée!

f. jean. Non, non. La peur a causé tout son mal. Ta bléssure n'est rien , prends courage.

// panse sa blessure.

montreuil revenant avec ses gendarmes et des paysans. Victoire ! nous leur avons repris leur butin.

simon. Oh! mes pauvres vaches, vous voilà donc! vous ne serez point mangées par les Anglais.

morand à un de ses bœufs. Te revoilà, Fauveau à la raie noire, mon garçon; tu as dù avoir bien peur.

le sénéchal à Simon. Simon , ces vaches étaient à toi , n'est-ce pas?

,SOfcï*KS FÉODALES. 59.1

simon. Oui , monsieur le sénéchal , toutes les six.

le sénéchal à ses gendarmes. Une , deux , trois ; une , deux , trois. Ces deux-là appartiennent à monseigneur; emmenez-les.

simon. Comment donc? Que ditez-vous là?

le sénéchal. Ouf, par droit de rescousse, nous les avons bien gagnées 33 .

simon. Mais....

le sénéchal. Je te les revendrai à bon comple. Je sais que tu as de Fargent.

simon. Mais, monsieur le sénéchal...

le sénéchal. Silence, bonhomme. Que Ton prenne le tiers de ces bestiaux; demain nous réglerons ensemble à quel prix vous les pourrez racheter.

paysans. C'est une abomination ; c'est nous qui les avons reprises !

Barthélémy tuant une vache. On ne me prendra pas celle-là.

le sénéchal. Ah ! coquins , vous apprendrez à me connaître ; vous verrez si je sais châtier les insolents. Vous paierez cher les pierres que vous m'avez lancées. Gendarmes, que l'on chasse cette canaille qui murmure toujours.

siward. Courage! frappez fort! J'aurais presque envie de rire en voyant de,s Français s'entre-battre.

de montreuil. Hors d'ici, vilains! ou nous allons vous embrocher de nos lances.

Les paysans s'enfuient.

le sénéchal. La journée a été chaude : une quinzaine de morts. (Poussant du pied un cadavre.) Tenez , voilà un de ces voleurs , un de ces loups, comme ils les appellent. Ils se sont sauvés aussi vite qu'ils étaient venus.

de montreuil. Le feu s'est éteint, il faut rentrer. Trompette, sonne la retraite. (A Siirard.) Sire chevalier, il faut nous suivre, s'il vous plaît.

p. jean tenant un cheval par la bride. Voici un cheval sans maître. Tiens, Pierre, monte-le si tu en as la force.

9M LA JAQUERIE.

siward à Montreuil. Me laisserez- vous aller à pied comme un varlet? Est-ce ainsi que I on traite un chevalier?

le sénéchal. Pierre , donne ton cheval à ce gentilhomme.

pierre. Mais moi , je suis blessé.

le sénéchal. Point de réplique, obéis... Ce maraud, parce qu'il sait lire, tranche de l'homme d'importance, et voudrait presque traiter ses supérieurs comme ses égaux.

Siward monte sur le cheval de Pierre, et sort avec de Montreuil et les gendarmes.

f. jean. Mais , monsieur le sénéchal , jamais cet homme ne pourra revenir à pied au château.

le sénéchal. Qu'il s'arrange comme il pourra. * ».

// sort.

F. jean. Voilà ce que l'on gagne à servir les grands. Tu leur sauves la vie , et ils t'abandonnent comme un cheval estropié.

pierre. Je crois que je pourrai marcher jusqu'au château.

F. jean. Non, viens avec moi au couvent; ta feras mieux. On nous prêtera bien un âne pour t'y conduire. {Aux paysans qui se tiennent éloignés.) Holà 1 par ici , mes amis !

Rentrent Simon, Renaud, Morand, paysans.

■ simon. C'est un de ces chiens d'hommes d'armes. Qu'il crève !

f. jean. C'est un brave garçon qui ne vous a jamais fait que du bien. Aidez-moi à le transporter au couvent, où je panserai sa" blessure.

morand. Eh ! parbleu , c'est Pierre Lambron . le fils de Lambron , mon compère. Pauvre diable l Est-ce dangereux?

f. jean. Il a sauvé la fille du baron, et, pour la peine, messire Gilbert l'a laissé là perdant tout son sang, et il voulait encore que je le quittasse.

simon. Ah! mon bon père Jean, vous êtes notre providence, et nous avons bon besoin de vous pour nous consoler; car nos seigneurs nous rendent bien malheureux par le temps qui court.

RENAim. Chaque jour nouvelle souffrance.

morand. Aujourd'hui pillés, brûlés par les Anglais! pillés et battus par nos maîtres!

• f. jkan. Vous vous plaignez avec raison, mais ce n'est pas là tout ce que vous auriez à faire. Ah! si j'étais comme vous maltraité par. ...

simon. Comment?

f. je.w. Qu'ont-ils donc de plus que vous pour vous rendre misérables? Netes-vous pas comme eux enfants d'Adam? Yôtes-vous pas des hommes de la même chair que ces seigneurs si orgueilleux? D on vient donc que vous êtes livrés à leur merci, comme les agneaux aux loups?

m .mon. Vous nous faites toutes ces questions, mon père, comme si nous étions en état d'y répondre. Nous sommes de simples gens de village qui ne savons rien; mais cependant il faut bien qu'il y ait une raison pour que nous soyons misérables, puisque cela est ainsi. •

f. jean. F.t moi, je vous dirai pourquoi vous êtes si misérables. Vous êtes misérables, parce que vous êtes lâches. N'êtes- vous pas aussi adroits, aussi forts que vos maîtres? Y en a-t-il. beaucoup parmi eux qui lèveraient un marteau aussi lourd que le lien, Morand?

morand. Ah ! c'est vrai, mon marteau est lourd.

p. jean. Qui peut donc enhardir à ce point ceux qui vous oppriment? Votre lâcheté, vous dis— je. C'est sur elle qu'ils comptent. Voyez-vous un chien attaquer un autre chien qui lui montre les dents? Le premier qui prend la fuite est aussitôt mordu, car le plus lâche reprend du cœur en voyant fuir son ennemi. Il est aisé d'avoir du courag* avec des gens à cœur de lièvre, qui tremblent à la vue d'un hbqueton chargé d'armoiries. Mais je perds ici mon temps, et Pierre a besoin de moi. Allons, qui me prêtera un âne pour le porter? Le sénéchal vous a-t-il laissé un une?

// sort avec Pierre et qwhfues paysans.

siMox. Je l'aime beaucoup, ce père Jean. Il nous parle à nous autres comme nous parlerions vous et moi. Ce n'est pas comme feu l'abbé Boniface, Dieu veuille avoir sdn âme! il nous faisait des sermons où le diable n'aurait rien compris.

RENAun. Avez-vous vu, tout moîne qu'il est, comme il a

oor, LA JAQUER1E.

pris une pique, et comme il s'est démené? C'est qu'il est aussi brave que savant.

simon. Il nous a dit et répété ce que cet archer anglais a* dit ce matin.

morand. Oui ; mais cet archer était un traître, comme nous l'avons vu. •

renaud. D'accord ; mais il a bien pu dire la vérité.

simon. Je le crois, et je commence à y réfléchir sérieusement.

renaud. Moi, il y a long-temps que j'y pense.

morand. Je sais bien à quoi tu penses, et j'y pense autant que toi.

simon. Un homme d'armes et un clerc ont parlé de même, sans s'êlre donné le mot.

renaud. Il nous a dit notre fait. Nous sommes des lâches de nous laisser tondre la laine sur le dos par des gens qui ne sont pas plus forts que nous.

morand. Comment disait-il donc, qu'un chien n'attaque pas un autre chien qui lui montre les dents?

simon. Il disait aussi que nous avions peur d'un hoqueton chargé d'armoiries. Heimt pourtant, si je voulais, je couperais cet arbre en deux d'un seul coup de hache; cela ne serait pas bien plus difficile de couper une tète.

morand. Nous nous sommes laissé prendre, comme des niais, je ne sais combien de belles vaches.

simon. Et moi, mon pauvre taureau, ils vont le manger. renaud. Ab>si tout le monde pensait de même!

simon. Renaud, je crois t'entendre. J'ai un arc assez bon, n'en déplaise à cet Anglais; si jamais tu risquais quelque chose , je serais avec mon arc à tes côtés.

morand. Aussi bien, nos arcs, voilà à peu près ce qui nous reste, car on nous a quasi tout pris.

fis sortent.

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