‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 161 sur 340 · ACTE II, Sr.KNK III · texte numérisé non relu

ACTE II, Sr.KNK III

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Mais..., on so fixe enfin.

Eh mais ! en vérité, De se fixer ici Ton serait bien tenté. Où trouver, en effet, un lieu plus agréable, Plus riant, et surtout un accueil plus aimable? Mais je ne puis longtemps m'arrêter nulle part.

mademoiselle d'orfeuil.

Vous arrivez, déjà vous parlez de départ!

M. d'orlange.

N'en parlons point ce soir : mais demain, 'dès l'aurore, Il faudra...

JUSTINE

Bon ! demain vous serez las encore.

Mais de la sorte enfin si toujours vous errez, .Tamais, en ce cas-là, vous ne vous marierez.

M. d'orlange.

On ne voyage pas toujours.

.TL'STINE.

Oh! non, sans doute.

Un beau jour, par hasard, on trouve sur sa route... Tel objet... qui vous plaît, qui sait vous engager: Et l'on ne songe plus alors à voyager.

M. d'orlange.

Peut-être bien qu'un jour ce sera mon histoire. Cependant je serais parfois tenté de croire Que je ne suis point fait pour être marié.

mademoiselle d'orfeuil.

Pourquoi, monsieur?

M. d'orlange.

Je crains d'être contrarié Dans mes goûts; car je suis ennemi de la gêne ; Et l'hymen le plus doux est toujours une chaîne.

21 i LES CHATF.ACX EN ESPAGNE.

MADEMOISELLE d'oRFEUII..

Cette chaîne est légère, et n'a rien d'effrayant.

M. d'orlange.

J'aime la liberté.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

Mais, en vous mariant, Vous ne la perdrez point.

M. D'ORLA^XTE.

Les femmes sont charmantes Je le vois; mais souvent elles sont... exigeantes. Elles veulent qu'on soit toujours à leurs côtés, Qu'on prodigue les soins, les assiduités : D'un tel effort je sens que je suis incapable: Et je pourrais, par jour, être souvent coupable.

MADEMOISELLE D'ORFEUIL.

Il laudrait bien alors souvent vous pardonner.

M. d'ORLAXCtE.

Parfois, pendant un mois, je puis me promener.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

Il faudrait bien encor pardonner cette absence : Le devoir d'une femme est dans la complaisance. Une fois prévenue...

M. d'orlaxge.

Oh! je l'en préviendrais:

Car, si j'étais au point d'épouser, je voudrais Connaître bien ma femme, être bien connu d'elle.

.1USTINE.

Oùi-dà !

M. d'oRLAXGE.

Je lui dirais : « Tenez, mademoiselle... >^ Mais quoi! je vous ennuie?

mademoiselle d'orfeitl.

Achevez, s'il vous plaît :

Je prends à vos discours le plus vif intérêt.

ACït: 11, scknl: m. -210

JUSTINE

A part.

Moi de même. Voyons où tout ceci nous mène.

M. D'ORLANCiE.

« Je n'aimerai que vous, vous le croirez sans peine : ^Dirais-je à ma future...)

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

Oh ! oui, j'entends fort bien.

M. d'orlange.

« Mais je suis né galant ; tel môme, j'en convien, « Que Ton pourrait, parfois, me croire un peu volage. « Toute femme jolie a droit à mon hommage : « Trop heureux de lui plaire en tous temps, en tous lieux! « Or, même après Thymen, j'aurai toujours des yeux ; « Et je croirai pouvoir, sans inspirer de doutes, « Préférer une femme, et vouloir plaire à toutes. »

JUSTINE

C'est tout simple. Sans doute aussi, de son côté, Monsieur lui laisserait la même liberté ; Verrait avec plaisir, même après l'hyménée, De mille adorateurs sa femme environnée, Sourire à l'un, flatter cet autre d'un coup-d'œil, Et faire à tout le monde un caressant accueil, Aux lieux publics, au bal, à la pièce nouvelle, Partout aller sans lui, puisqu'il irait sans elle: Et, comme vous disiez, iidèle à son époux, Le préférer, d'accord, mais vouloir plaire à tous.

M. D'01U.AN(iE.

Eh mais!...

JUSTINE

Voilà pourtant ce qu'il faudrait permettre. M. d'orlange.

C'est ce qu'en vérité je n'oserais promettre. Vous faites un portrait qui n'est pas séduisant.

mademoiselle d'orfeuil.

Rassurez-vous, monsieur : Justine, en s'amusant, A peint une coquette, et non... votre future.

±[Q LES CHATEALX E>i ESPAGNE.

JUSTINE

Quoi ! seriez-vous, monsieur, jaloux par aventure?

M. d'orlange.

Peut-être, un peu.

MADEMOISELLE d'ORFEL'H..

Pourtant il faudrait, entre nous, Ou n'être point volage, ou n'être point jaloux ; Sinon, vous aurez peine à trouver une femme. M. d'orlange.

Aussi je le sens bien dans le fond de mon àme;

Je suis fait pour Famour, mais très-peu pour Thymen.

JUSTINE, à part.

De bonne foi, du moins, il fait son examen.

M. d'ORLANGE.

Je dis ce que je pense; excusez ma franchise.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

Moi je vous en sais gré, s'il faut que je le dise. En de tels sentiments j'ai regret de vous voir; Mais je suis très-charmée, au fond, de le savoir.

M. d'orlange.

Laissons donc là l'hymen, et parlons d'autre chose : Aussi bien, ce serait s'inquiéter sans cause.

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