‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 162 sur 340 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

M. d'ORLANGE.

C'est, au contraire, à moi de vous remercier.

Malheur à qui pourrait ne pas apprécier

Son charmant entretien, et la grâce qui brille!...

Vous me flattez, monsieur, il est vrai que ma fille Lit beaucoup.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL. »

Ah ! plutôt j'écoute ce qu'on dit, Mon père, et j'ai grand soin d'en faire mon profit. Tel entretien instruit bien mieux qu'une lecture.

M. d'ORFEUIL.

Monsieur t'a donc conté quelque grande aventure?

J'aime les voyageurs. Ils content volontiers,

Et moi j'écouterais pendant des mois entiers.

Je prends le plus souvent leurs récits pour des fables;

Car ils ont toujours vu des choses incroyables.

Êtes- vous voyageur, dans la force du mot?

MADEMOISELLE d'ORFEUIL.

A quelque chose près.

JUSTINE, à part.

Florville n'est point sot.

M. d'ORFEUIL.

Contez-nous donc, monsieur, quelqu'étonnante histoire.

M. d'orlange.

A quoi bon vous conter? vous ne voulez rien croire, Monsieur.

M. d'ORFEUIL.

Il est bien vrai que je suis prévenu ; Mais je ne vous veux pas traiter en inconnu. Allons, je vous croirai, je le promets d'avance. De quel pays, monsieur, êtes-vous?

M. d'orlange.

De Provence.

M. d'ORFEUIL.

De Provence? Voyez 1 je ne l'aurais pas cru : Vous n'avez point l'accent.

M. d'orlange.

C'est que j'ai tant couru !

En voyageant, l'accent diminue et s'efface.

JUSTINE, bas, à sa maîtresse.

Il ment fort bien.

MADEMOISELLE d'ORFEUIL, bas, à Justine.

Avec trop d'aisance et dç grâce.

M. d'ORFEUIL.

Vous avez donc bien vu du pays?

M. d'orlange.

Vous riez, Monsieur ; mais cependant, tel que vous me voyez. J'ai déjà parcouru presque l'Europe entière.

M. d'ORFEUIL.

L'Europe?

JUSTINE, à part.

Il n'a pas vu, je gage^ la frontière.

Comment voyagez-vous?

M. d'orlange.

De toutes les façons, Suivant les temps, les lieux et les occasions, Par ^au, comme par terre, à cheval, en voiture, A pied même, pour mieux observer la nature.

JUSTINE

Monsieur semble, en effet, curieux d'observer.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Et chacun en cela ne peut que l'approuver : On voit bien mieux de près.

M. d'ORFEUIL.

Je vous attends à table, Monsieur : de questions d'abord je vous accable.

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