ACTE II, se km; IV. ii
M. D ORL.VNCJE,
De questions, monsieur? ma foi, je mangerai Je le sens, beaucoup plus que je ne conterai. Grâce jusqu'au dessert.
M. d'orfeuil.
Soit. Aussi bien j'espère Que nous nous reverrons.
« M. d'orlange.
Espérance bien chère ! J'aurais trop de regret de ne vous voir qu'un jour, Si je n'avais du moins l'espoir d'un prompt retour.
M, d'orfeuil.
J'y compte assurément. Aussi bien, quand j'y pense, C'est le chemin, je crois, pour aller en Provence.
M. D'orLANGE.
Eh mais! quand il faudrait se détourner un peu. Cent milles de chemin ne sont pour moi qu'un jeu. Puis, comme vous disiez, c'est en effet la route. Oui, dans ces lieux charmants je reviendrai sans doute: Mais souffrez que j'y mette une condition.
M. d'orfeuil.
Laquelle donc?
M. d'orlange.
Eh oui 1 votre réception Me touche, me pénètre; elle est et noble et franche. Ne pourrai-je chez moi prendre un jour ma revanche?
M. d'orfeuil.
Eh mais!...
M. d'orlange.
Promettez-moi d'y venir.
M. d'orfeuil.
En effet, Votre invitation me flatte tout-à-fait:
Et je ne vous dis pas qu'un jour je n'y réponde. Ce voyage serait le"plus joli du monde.
M. d'orlange.
Mademoiselle... au moins, sans trop être indiscret, J'ose le croire, alors, vous accompagnerait.
Partout avec plaisir j'accompagne mon père. Cette partie aurait surtout droit de me plaire.
M. d'orlange.
Ce que vous dites là me charme en vérité, Mademoiselle; moi, j'ai toujours souhaité, Lorsque je me mettais pour longtemps en campagne, Au lieu d'un compagnon d'avoir une compagne. On part un beau matin, suivi d'un écuyer : Elle est en amazone, ou bien en cavalier; Tout prend autour' de vous une face nouvelle : L'air est plus doux, plus pur, la nature plus belle. On s'arrête, on sourit, on se montre des yeux Ce qu'on voit, on en parle; enfin on le voit mieux. Est-on las? on descend au bord d'une fontaine; Et dans ce doux repos on oublierait sans peine Le voyage lui-même. En un joli château On arrive le soir, toujours incognito; Car c'est là ma manière, et je hais, en voyage, Tout appareil, tout faste et tout vain étalage. De l'Europe, du monde on fait ainsi le tour. Tout en se promenant. Quel plaisir, au retour. Quand le soir, près du feu, Ton se rappelle ensemble Ce qu'on a vu, tel jour, en tel endroit! Il semble Qu'on le revoie encore, en se le racontant. M. d'orfeuil.
Je crois voir tout cela moi-même, en écoutant ; Et vos riants tableaux me font jouir d'avance Du plaisir que j'espère en allant en Provence.
M. d'orlange.
Revenons en effet au point essentiel.
La Provence, on le sait, est sous le plus beau ciel I...
M. d'orfeuil.
Et vous avez, sans doute, une terre fort belle?