‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 183 sur 340 · SCÈNE \l · texte numérisé non relu

SCÈNE \l

M. d'orla>;ge, seul.

Cette espèce d'aveu n'a point paru déplaire.

Du moins, elle n'a pas témoigné de colère.

Cependant, je ne suis qu'un simple voyageur.

Même à voir de son front la subite rougeur.

Et la mélancolie en ses regards empreinte,

Du trait qui m'a blessé j'ose la croire atteinte :

.l'admire, en vérité, l'avenir qui m'attend.

Il est flatteur... Oui, mais... quand j'y songe pourtant.

Si ce nouvel amour^si ce doux hyménée.

Bornaient, en son essor, ma haute destinée !

Car, à juger d'après ce qui m'est arrivé.

Aux grands événements je me sens réservé.

Je puis me faire un nom, et, dans mon ministère.

Servir le roi, l'état, pacifier la terre.

De quelque emploi brillant je puis me voir charger, Et de nouveau peut-être il faudra voyager. Sans vouloir pénétrer dans les choses futures, Les voyages sur mer sont remplis d'aventures.

Arrivant par degrés à une espèce de rêverie et de vision.

Le vaisseau, sur lequel je m'étais embarqué,

Par un corsaire turc, en route, est attaqué...

Je défends, presque seul, mon timide équipage...

Mais enfin le grand nombre accable mon courage,

Et je me rends... Les Turcs, charmés de ma valeur,

Me proclament leur chef, à la place du leur

Qu'avait tué mon bras. Le sort me favorise :

Je signale leur choix par mainte et mainte prise.

Et parviens, par degrés, à de très-haut emplois...

Le capitan-pacha, jaloux de mes exploits.

Me dénonce au visir; il prétend qu'on me chasse...

On le chasse lui-même, et je monte à sa place...

— «Pacha, dit le visir, les Russes sont là ; cours,

«Et bats-les. » Je les bats ; puis je prends, en trois jours,

Ismailow, Okzakow, Grimée et Valachie...

Mon nom devient fameux par toute la Turquie...

Le sultan, qui dans moi voit son plus ferme appui.

Me fait son gendre : il meurt ; et je règne après lui,

Au comble du délire.

Me voilà donc le chef de la sublime Porte !...

Mais ma religion, mais mon culte ! . . . Qu'importe

La mitre, le turban, tous les cultes divers ?

Mon dogme est d'adorer le dieu de l'univers.

Il est celui des Turcs ; et tous, à mon exemple.

Vont ne bénir qu'un Dieu, dont le monde est le temple.

Ce n'est pas que je sois jaloux d'être empereur ;

Mais instruire un grand peuple et faire son bonheur.

Voilà la gloire unique, oui...

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