‹ Théâtre de Collin d'Harleville (volume 2)Chapitre 3 sur 340 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

per à la porte d'une hospitalière demeure, l'un seulement, le premier, est amené par le hasard ; celui qui vient en second lieu était impatiemment attendu, c'est le neveu d'un vieil ami de d'Orfeuil. L'oncle de Florville (c'est le nom de ce jeune homme) et le père d'Henriette ont formé le projet de les unir. Florville, qui n'a jamais vu la future qu'on lui destine, ne veut pas s'engager avant de la connaître, et, dans ce dessein, il n'imagine rien de mieux que de s'introduire comme un simple étranger chez son beau-père, et là, de se déclarer ou de s'éloigner selon lés observations qu'il aura faites. Mais l'oncle a tellement peur de voir échouer par quelque accident le projet qui lui sourit, qu'il prévient son ami dOrfeuil. D'Orfeuil est incapable de garder le secret à sa fille, la fille de le garder à sa soubrette ; et voilà comment tout le monde au château était sous les armes pour recevoir le visiteur mystérieux.

Celui qui a profité de ces préparatifs, ce n'est pas Florville, c'est un vrai voyageur, un inconnu pour de bon, celui-là; c'est d'Orlange, le don Quichotte de la rêverie, le Juif errant de l'illusion, l'homme aux châteaux en Espagne. On le prend pour le gendre annoncé. Il est surpris de ces soins qu'on lui rend, de ces aimables sourires qui Taccueillent ; mais il se laisse faire bonnement, et son imagination, excitée par cette bonne fortune, se met à bâtir romans sur romans. 11 faut avouer que les circonstances sont favorables. Elles doivent exalter sa confiance en luimême et dans ses heureuses destinées. Il y a un grain de folie dans la tête de d'Orlange. Or, en pareil cas, si les événements caressent votre manie et semblent donner raison à vos visées chimériques, le grain de folie se développe et s'épanouit avec une rapidité singulière. C'est ce que l'auteur a très-bien compris et parfaitement rendu, et nous assistons à

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cette expansion naïve de la manie triomphante.

Mais d'où vient d'Orlange? où va-t-il'? 11 ne le sait lui-même. Il suit une étoile qui n'est qu'un feu follet et qui sans cesse l'égaré. De ressources il n'en a point. Les critiques lui reprochèrent en son temps de n'avoir ni feu ni lieu, d'être un aventurier et de vivre aux dépens de ceux dont les maisons se rencontrent sur sa route. Peu s'en fallut qu'ils ne le fissent arrêter par la gendarmerie, inculper de vagabondage, car on n'avait pas de tendresse alors pour la vie de bohème. Ils auraient eu tort, à mon sens. L'auteur ne l'a pas muni sans doute de papiers bien en règle et n'a point garni sa valise de titres de rente. Il est clair cependant que ce jeune homme n'est pas un aventurier. Par son éducation et par ses manières, il se rattache, au contraire, aux hautes sphères sociales. Il parle du ministre qui était compagnon de son père, et dont il a reçu quelques mots bienveillants. C'est un jeune étourdi qui a évidemment eu la vie toujours facile, et que les soucis n"ont pas encore mordu sérieusement.

Surtout il n'a rien d'un écornifleur. Il est chevaleresque, il est désintéressé ; il a des sentiments nobles et généreux. Lorsqu'il est instruit du quiproquo dont le véritable Florville est la victime, il se hâte de le faire cesser. Il répare une erreur dont le hasard fut seul coupable ; il sert un rival qu'il sent à la fois plus digne d'Henriette, plus épris d'elle et plus estimé par eUe. Il ne fait pas seulement ce que commandent la droiture et l'honneur, il le fait avec esprit et délicatesse.

Mais, me direz-vous, les choses ne se passent pas ainsi dans la vie. Les fardeaux de l'existence vulgaire pèsent plus lourdement. Il est vrai. On respire dans cet heureux monde où nous transporte le poète un air plus fluide que celui qu'on respire dans le

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