Etienne et Martainville, t. I, p
INTRODLCTION. xvii
Dix-sept mois après, le o juin 1790, les dispositions du public à l'égard de Fabre étaient changées. 11 venait de remporter, au commencement de cette année, un succès de premier ordre avec le PMlinle de Molière. Les comédiens jouèrent de nouveau le Présomptueux ou Vlleicreux Imaginaire , qui fut parfaitement accueilli.
Il existe entre cette pièce et les Châteaux en Espagne une telle ressemblance dans les caractères, les incidents et les situations, qu'il était difficile de croire que le hasard Feùt seul produite. Gollin d'Harleville prétendit qu'il avait lu le plan de sa pièce dans une société oii se trouvait Fabre. Fabre riposta que Gollin, plus aisément encore, avait pu avoir connaissance de la sienne à la Comédie-Française. Si nous en cro}' ons Andrieux, et il n'y a aucune raison de ne pas croire Andrieux, « Fabre d'Êglantine convenait, et il l'a même imprimé, que Gollin parla devant lui du projet qu'il avait de faire une comédie de Y Heureux Imaginaire ou des Châteaux en Espagne; lui, Fabre d'Églantine, s'était senti le désir irrésistible de traiter le même sujet à sa manière. Il prétendait que le dessein manifesté par Gollin n'avait pas dû lui interdire la faculté de chercher un mo^'en de gloire et de succès, en courant la même carrière. Et il ajoutait assez plaisamment : S'il suffit que quelqu'un ait choisi un caractère comme sujet d'une comédie pour que personne ne puisse désormais le traiter, je déclare, moi, que je mets un emiargo sur tous les substantifs et les adjectifs du dictionnaire qui indiquent un caractère, et que je me propose de les traiter tous. Après cette déclaration solennelle, le premier qui traitera un caractère quelconque, je l'accuserai de m'avoir pris mon sujet. J'ai eu dans ies mains, ajoute Andrieux, la brochure de Fabre