XVIII INTRODUCTION
(VÉglantine qui contenait cet argument, plus spirituel que solide. »
En effet, ce qu'on reprochait à Fabre, c'était d'avoir emprunté un peu plus que le caractère de Valère, d'avoir emprunté encore le plan, les scènes, les situations. Pour nous, il n'y a point de doute; il n'est pas douteux que le sujet des Châteaux en Espagne ou de Y Heureux imaginaire n'ait été créé par CoUin d"Harleville, tant il est bien dans son esprit, tant cette idée était, au contraire, peu naturelle à Fabre d'Égiantine ; et cela est si vrai, ([ue ce dernier a dû y ajouter une nuance ou plutôt une complication, cette idée du présomptueux venant se greffer sur le rêveur et le faiseur de riants projets.
C'est à cette contestation que remonte la haine irréconciliable que Fabre voua à Collin d'Harleville. Il attribua la première chute du Présomptueux aux intrigues de son rival, oubliant qu'il s'était fait assez d'ennemis personnels pour qu'une cabale se fût formée contre lui de mille éléments divers. Ces deux écrivains présentaient, du reste, le plus parfait contraste : autant Collin d'Harleville était doux, bienveillant, inoffensif, autant Fabre était atrabilaire, hargneux, vindicatif.
11 ne cessa plus d'attaquer son adversaire. Collin d'Harleville ayant publié dans V Almanach des Muses de 1789 une épitre intitulée ikf(?5 Souvenirs, qu'il a republiée plus tard dans ses œuvres complètes en l'abrégeant, Fabre d'Egiantine en fit la parodie sous ce titre : Mes Souvenances.
Lorsqu'on 1791 il publia s£i i^ièce le Philinfe de Molière oîc la Suite du Misanthrope, qui avait été représentée avec un très-grand succès le 22 février de l'année précédente, il la fit précéder d'une préface dirigée tout entière contre YOpti^niste et son auteur.
IMIIODICÏIO.X, XIX
C'est celle que CuUin cl" Ilarle ville a rappelée eu la qualifiant d'étrange, ce qui est d'une grande modération, car cette préface est un violent ré(]uisitoirc, où la haine ne garde aucune mesure.
Fabre, lancé avec emportement dans le mouvement révolutionnaire, accusait Collin d'être un aristocrate, un mauvais citoyen, l'apôtre des intrigants et des scélérats ennemis du peuple.
« Je l'avouerai, disait-il, jamais je n"ai pu sans indignation entendre Y Optbniste de M. Collin. Je n'ai point eu.de repos que le théâtre n'ait été armé d'une morale spécialement con raire aux principes de 'cet ouvrage. C'est pour les rétorquer et en diminuer l'influence autant qu'il était en moi que j'ai composé le Philinte de Molière ou la Sidte du Misantliroi^e .
« 11 ne s'agit point précisément ici de M. Collin : laissons l'art et l'artiste de côté; il s'agit du fond de son ouvrage et de sa doctrine détestable. Certes, il n'y a point à se vanter de son talent, quand il devient la dernière pierre jetée à l'humanité, quand il n'enfante que des sophismes destructeurs de la pitié, quand il fait une blessure mortelle à la patrie. Et tel est le venin répandu dans Y Optimiste de M. Collin. »
C'était un acte d'accusation en règle. On a dit que cette dénonciation n'avait pas alors la gravité qu'elle aurait eue deux ans plus tard. C'est vrai ; cela, toutefois, devenait déjà fort dangereux; entre représenter la modération, le contentement d'esprit, comme un crime et les punir, le pas allait être rapidement franchi. Mais alors Fabre d'Églantine fut à son tour trouvé tiède par des révolutionnaires plus ardents que lui, et envoyé, le 5 avril 1794, à Téchafaud.
Revenons à Collin d'Harleville. 11 composa pour le carnaval de 1791 la petite pièce intitulée M. de Crac dans son petit castel, jouée le 4 mars par Duga-