ACTE I, SCENE III
Que sais-je, moi ? Quelqu'un vient-il me déranger ? Alors j'aime encor mieux être moi que tout autre.
MADAME DE ROSELLE
Le sort d'un roi n'est pas plus heureux que le vôtre. Je suis contente aussi • pour la première fois J'ai vu l'aurore.
M. DE PLINVILLE.
Bon!
Tous les jours je la vois.
M. DE PLINVILLE.
En effet, on n'est pas plus matinal que Rose.
MADAME DE ROSELLE
Savez-vous que l'aurore est une belle chose ?
M. DE PLINVILLE.
Oh ! oui, surtout ici, surtout au mois de mai. C'est bien le plus beau mois de l'année.
MADAME DE ROSELLE
Il est vrai.
ROSE
C'est un mois qu'en effet, comme vous, chacun aime. Mais en janvier, monsieur, vous disiez tout de même.
M. DE PLINVILLE.
J'avouerai, mon enfant, que toutes les saisons Me plaisent tour à tour, par diverses raisons : Janvier a ses beautés, et la neige est superbe.
MADAME DE ROSELLE
Il est plus doux pourtant de voir renaître l'herbe, Et les fleurs...
M. DE PLINVILLE.
Oui, les fleurs. Par exemple, en ces lieux, On respire une odeur, un frais délicieux. Dis-moi, vit-on jamais plus belle matinée ? Que nous allons avoir une belle journée ! Il semble, en vérité, que le ciel prenne soin D'envoyer du beau temps lorsque j'en ai besoin.
MADAME DE ROSELLE
Tout exprès!
M. DE PLIN VILLE
Pouvions-nous enfin pour notre pêche, Choisir une journée et plus douce et plus fraîche ?
MADAME DE ROSELLE
Oh ! non. J'aime beaucoup à voyager sur Peau.
M. DE PLIN VILLE
Oui ? tant mieux !... Tu verras le plus joli bateau !
ROSE
Ah ! charmant.
M. DE PLINVILLE, à Rose.
Angélique est sans doute habillée ?
ROSE
Pas encor.
M. DE PLINVILLE.
Bon ! du moins est-elle réveillée ?
ROSE
Oh ! oui, monsieur : je vais rhabiller à Tinstant. Ne partez pas sans nous.
Non, non; Ton vous attend.
Hatez-vous.
ROSE, en sen allant.
Je voudrais être déjà partie.
Une pêche 1 un bateau ! la charmante partie 1