VIII NOTICE SUR COLLIN D'HARLEVILLE
Longtemps plus tard, dans une lettre où il rappelait raventore à un ancien camarade de classes : a Cruelle chute , » écrivait-il gaiement :
Cruelle chute, hélas I présage malheureux
Pour un auteur de comédie !
Une bica longue maladie M'attira des docteurs un arrêt rigoureux. Je n'aurais, dirent-ils, ma guérisun complète Qu'en perdant la raison. Je vais faire un aveu:
Ils se trompèrent de bien peu ;
Car je suis demeuré poète.
" Le cas de poésie ne se déclara pas sitôt. A compter les six années de première enfance, les quatre années de Chartres, un ou deux ans du collège de Lisieux, CoUin n'avait pas plus de douze ans alors. De retour à Lisieux, il regagna le temps perdu, et se retrouva un remporteur de prix, disons le mot puisque c'est pour lui qu'on Ta conservé.
En ce temps -là le Concours général existait comme aujourd'hui, presque dans la même forme. Sur la fin de l'année scolaire, les dix collèges de plein exercice envoyaient leurs meilleurs élèves do toutes les classes et do toutes les facultés, se disputer en champ clos le prix de la version ou du thème, de la dissertation latine ou de la disseriation française. Le champ clos était le môme à peu près qu'il est encore. Les Jacobins de la rue Saint- Jacques prêtaient une de leurs salles aux classes supérieures, les Mathurins aux classes inférieures. On séparait les élèves de chaque collège en les entremêlant avec ceux des collèges rivaux, pour les empêcher de se venir en aide par esprit de corps ; ce fut aux Mathurins que Collin et Andrieux se rencontrèrent pour la première fois, l'un élève du collège de Lisieux, l'autre de celui du Gardinal-Lemoine. Depuis ce moment une mutuelle sympathie les attira l'un vers l'autre, et ils ne cessèrent de vivre dans la plus étroite intimité que lorsque Collin disparut de la terre.
Collin termina le premier ses études, qui s'arrêtèrent à la rhétorique; Andrieux poussa plus loin les siennes et fit encore ses deux années de philosophie ; mais l'habitude de se voir était prise entre les deux jeunes gens ; ils savaient où se retrouver et se retrouvèrent naturellement, tous deux étant destinés au barreau, pendant les quatre ou cinq ans que Collin passa, clerc de procureur et clerc sans vocation, d'abord dans l'étude de M* Laurent, un des amis de son père, puis, à la mort de M® Laurent, chez M* Petit de Beauverger. un procureur assez homme d'esprit pour le reconnaître chicaneur indigne, et pour ne lui en savoir pas mauvais gré.