‹ Théâtre de Collin d'HarlevilleChapitre 326 sur 449 · M. MORAND, FLORVEL · texte numérisé non relu

M. MORAND, FLORVEL

M. MORAND

Cette femme a du bon.

FLORVEL, à part.

Oui, de ne coûter rien.

M. MORAND

Oh I je la garderai.

FLORVEL, haut.

Parbleu I je le crois bien.

Mais elle est un peu prude, et vraiment singulière ; On n'en voit plus : ma foi, ce sera la dernière.

M. MORAND

Des mœurs, mon fils.

FLORVEL

Des mœurs? eh! mais, sans vanité, Moi, je suis le Caton de ma société.

M. MORAND

Beau Caton I

FLORVEL

Oui, d'honneur !... Mais, à propos, j'espère Que vous m'allez donner un peu d'argent, mon père.

M. MORAND

De l'argent, dites-vous ?

Eh ! oui.

366 LES MOEURS DU JOUfi.

M. MORAND

Vous badiaez :

Et ces douze cents francs que je vous ai donnés L'autre jour... ?

FLORVEL

L'autre jour? c'était Tautre semaine.

M. MORAND

Soit. Qu'en avez-vous fait?

FLORVEL

Je m'en souviens à peine :

Ils sont déjà bien loin.

M. MORAND

Tant pis pour vous alors ; Car je n'ai plus d'argent. 11 faudrait des trésors Pour fournir, chaque jour, à ces folles dépenses.

FLORVEL

Vous en avez.

M. MORAND

Non pas pour vos extravagances.

Eh! qui pourrait vous suivre, au train dont vous allez?

FLORVEL

Qui, vous, mon père : eh ! oui : ce train dont vous parlez, Vous m'en donnez l'exemple, et je le suis.

Hein! qu'est-ce?

FLORVEL

Vous VOUS enrichissez avec une vitesse... !

A nous faire plaisir : moi, qui suis prompt aussi,

Je dépense, à mon tour, très vite. Dieu merci.

M. MORAND

Va, jeune fou ! dissipe et consume et prodigue Le fruit de tant de soins et de tant de laligue ! Ruine enfin ton père!

FLORVEL

Allons ! vous ruiner !

(Ed caressant son père.)

Pourquoi? pour cent louis... que vous m'allez donner !

M. MORAND, souriant, et mettant sa main à sa poche.

Que le fripon sait bien le chemin de ma bourse ! Eh ! tiens, prends.

FLORVEL

Allons donc... Voici pour notre course.

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