ACTE V, SCÈNE
MADAME EULER
Oui?
DIRVAL.
Dans rinstaut ; j'ai cru Les y trouver tous deux : c*est là que j'ai couru.
MADAME EULER
Bon!
DIRVAL.
J'arrive au Vallon, cette chère campagne : J*y trouve de Formont la fidèle compagne ; Et par elle j'apprends... jugez qui fut surpris ! Que, depuis six grands mois, ma femme est à Paris, Formont depuis vingt jours.
MA DAME EULER
Je conçois votre peine.
DIRVAL.
J'en eus un vrai dépit : aussi, sans prendre haleine, Je repars à l'instant, j'accours, et me voici.
MADAME EULER
Soyez le bienvenu.
(a part.)
Dieu ! n'être pas ici !
DIRVAL.
Deux ans loin d'une épouse, et jeune, et tendre et belle. Quand je n'avais vécu que six mois auprès d'elle !
Ah ! nous avons compté tout cela comme vous ; Mais ce retour aussi, qu'il va nous charmer tous !
DIRVAL.
Oui, j'en juge par moi : dites-moi, je vous prie. Ma Sophie est toujours bonne, aimable, jolie ?
MADAME EULER
Charmante.
DIRVAL.
Elle pensait souvent à son ami ?
MADAME EULER
Oh ! oui.
DIRVAL.
Loin d'elle, moi, que j'ai souffert, gémi ! Madame, je ne sais si vous allez m'en croire. Je n'en ai pas perdu seulement la mémoire Une minute ; enfin là- bas j'étais cité : S'ils connaissaient ma femme ils m'auraient moins vanté.
MADAME EULER
Que cet attachement pour l'aimable Sophie
Me touche 1 elle en est digne.
DIRVAL.
Oui. Que je vous confie Tous mes projets sur elle, et les beaux plans que j*ai. Allez, j'emploîrai bien mes six mois de congé. Je vais mettre ma joie et mon bonheur suprême A combler tous ses vœux ; vous m'aiderez vous-même.
MADAME F r L E R .
Ah! oui.
DIRVAL.
Je ne veux pas la laisser respirer; Je ne veux pas qu'elle ait le temps de désirer. Dans ce que je fais, moi, je mets toute mon âme : J'étais tout à la guerre, et suis tout à ma femme.
MADAME EULER
0 digne, excellent homme! et que dans leurs foyers Puissent nous revenir ainsi tous nos guerriers !
DIRVAL.
Je tombe de sommeil en attendant : je meure,
Si j'ai depuis dix jours fermé l'œil un quart d'heure!
Aussi, je l'avouerai, je suis las, harassé...
MADAME EULER
Si Sophie était là, vous seriez délassé. AUez vous reposer.
DIRVAL.
Oui ; mais j'aurais envie D'écrire auparavant un mot à ma Sophie.
MADAME EULER
En effet; j'aime assez qu'au retour de ce bal Elle trouve un billet de son ami Dirval : Cela fera très bien.
Cette pauvre petite !
Sera-t-elle surprise!
MADAME EULER
Et ravie!
DIRVAL.
Allons, vite.
(il écrit debout, à demi penché sur la table.)
« Ma Sophie, eh bien ! me voilà... »
U est doux, n'est-ce pas, de commencer par là?
MADAME EULKR.
Oui.
DIRVAL.
(il écrit, et parle tout haut.)