ACTE I, SCÈNE III
FULVIE
Votre amour à ce prix n'est qu'un présent funeste Qui porte à votre amant sa perte manifeste. Pensez mieux, iEmilie, à quoi vous l'exposez, Combien à cet écueil se sont déjà brisés; Ne vous aveuglez point quand sa mort est visible. ■
EMILIE
Ah! tu sais me frapper par où je suis sensible. Quand je songe aux dangers que je lui fais courir, La crainte de sa mort me fait déjà mourir; Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose; Je veux et ne veux pas, je m'emporte et je n'ose; Et mon devoir confus, languissant, étonné, Cède aux rébellions de mon cœur mutiné.
Tout beau, ma passion, deviens un peu moinsforte; Tu vois bien des hasards, ils sont grands, mais n'importe! Cinna n'est pas perdu pour être hasardé. De quelques légions qu'Auguste ^oit gardé. Quelque soin qu'il se donne et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise la vie est maître de la sienne. Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit; La vertu nous y jette, et la gloire le suit : Quoi qu'il en soit, qu'Auguste ou que Cinna périsse, Aux mânes paternels je dois ce sacrifice; Cinna me l'a promis en recevant ma foi, Et ce coup seul aussi le rend digne de moi. Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire. Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspire ; L'heure, le lieu, le bras, se choisit aujourd'hui; Et c'est à faire enfui à mourir après lui.