‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 210 sur 409 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PTOLOMÉE, CLÉOPATRE, PIIOTIN.

CLÉOPATRE

Seigneur, Pompée arrive, et vous êtes ici!

PTOLOMÉE

J'attends dans mon palais ce guerrier magnanime, Et lui viens d'envoyer Acbillas et Septime.

CLÉOPATRE

Quoi ! Septime à Pompée, à Pompée Achillas!

PTOLOMÉE

Si ce n'est assez d'eux, allez, suivez leurs pas.

CLÉOPATRE

Donc pour le recevoir c'est trop que de vous-même.

PTOLOMÉE

Ma sœur, je dois garder l'honneur du diadème.

CLÉOPATRE

Si vous en portez un, ne vous en souvenez

Que pour baiser la main de qui vous le tenez,

Que pour en faire hommage aux pieds d'un si grand homme.

PTOLOMÉE

Au sortir de Pharsale est-ce ainsi qu'on le nomme?

Fût-il dans son malheur de tous abandonné, Il est toujours Pompée et vous a couronné.

PTOLOMÉE

Il n'en est plus que l'ombre et couronna mon père,

Dont l'ombre, et non pas moi, lui doit ce qu'il espère; Il peut aller, s'il veut, dessus son monument Recevoir ses devoirs et son remercîment.

CLÉOPATRE

Après un tel bienfait, c'est ainsi qu'on le traite!

PTOLOMÉE

Je m'en souviens, ma sœur, et je vois sa défaite.

CLÉOPATRE

Vous la voyez de vrai, mais d'un œil de mépris.

PTOLOMÉE

Le temps de chaque chose ordonne et fait Je prix. Vous qui l'estimez tant, allez lui rendre hommage; Mais songez qu'au port même il peut faire naufrage.

CLÉOPATRE

Il peut faire naufrage, et même dans le port! Quoi! vous auriez osé lui préparer la mort!

PTOLOMÉE

J'ai fait ce que les dieux m'ont inspiré de faire Et que pour mon État j'ai jugé nécessaire.

CLÉOPATRE

Je ne le vois que trop, Photin et ses pareils Vous ont empoisonné de leurs lâches conseils : Ces âmes que le ciel ne forma que de boue...

PHOTIN

Ce sont de nos conseils, oui, madame, et j'avoue...

CLÉOPATRE

Photin, je parle au roi; vous répondrez pour tous Quand Je m'abaisserai jusqu'à parler à vous.

PTOLOMÉE, à Photin.

Il faut un peu souffrir de cette humeur hautaine. Je sais votre innocence et je connais sa haine ; Après tout, c'est ma sœur, oyez sans repartir.

CLÉOPATRE

Ah! s'il est encor temps de vous en repentir, Affranchissez-vous d'eux et de leur tyrannie. Rappelez la vertu par leurs conseils bannie, Cette haute vertu dont le ciel et le sang Enflent toujours les cœurs de ceux de noire rang.

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