‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 211 sur 409 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

PTOLOJIÉE.

Quoi! d'un frivole espoir déjà préoccupée, Vous me parlez en reine en parlant de Pompée; Et d'un faux zèle ainsi votre orgueil revêtu Fait agir l'intérêt sous le nom de vertu ! Confessez-le, ma sœur, vous sauriez vous en taire, N'était le testament du feu roi notre père ; Vous savez qu'il le garde.

CLÉOPATP.E.

Et vous saurez aussi Que la seule vertu me fait parler ainsi, Et que, si l'intérêt m'avait préoccupée, J'agirais pour César et non pas pour Pompée. Apprenez un secret que je voulais cacher. Et cessez désormais de me rien reprocher.

Quand ce peuple insolent qu'enferme Alexandrie Fit quitter au feu roi son trône et sa patrie, Et que jusque dans Rome il alla du sénat Implorer la pitié contre un tel attentat. Il nous mena tous deux pour toucher son courage, Vous, assez jeune encor, moi déjà dans un âge Où ce peu de beauté que m'ont donné les cieux D'un assez vif éclat faisait briller mes yeux. César en fut épris, et du moins j'eus la gloire De le voir hautement donner lieu de le croire; Mais, voyant contre lui le sénat irrité, Il fit agir Pompée et son autorité.

Ce dernier nous servit à sa seule prière, Qui de leur amitié fut la preuve dernière : Vous en savez l'effet et vous en jouissez. Riais pour un tel amant ce ne fut pas assez : Après avoir pour nous employé ce grand homme Qui nous gagna soudain toutes les voix de Rome, Son amour en voulut seconder les efforts. Et, nous ouvrant son cœur, nous ouvrit ses trésors : Nous eûmes de ses feux, encore en leur naissance. Et les nerfs de la guerre, et ceux de la puissance; Et les mille talents qui lui sont encor dus Remirent en nos mains tous nos États perdus.

Le roi, qui s'en souvint à son heure fatale,

Me laissa comme à vous la dignité royale.

Et, par son testament, il vous fit cette loi

Pour me rendre une part de ce qu'il tint de moi.

C'est ainsi qu'ignorant d'où vint ce bon office

Vous appelez faveur ce qui n'est que justice,

Et l'osez accuser d'une aveugle amitié

Quand du tout qu'il me doit il me rend la moitié.

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