ACTE II, SCENE II
Passe au bout d'une lance en la main d'Achillas, Ainsi qu'un grand trophée après de grands combats. On descend, et, pour comble à sa noire aventure, On donne à ce héros la mer pour sépulture, Et le tronc sous les flots roule dorénavant Au gré de la fortune, et de Tonde, et du vent. La triste Cornélie, à cet affreux spectacle. Par de longs cris aigus tâche d'y mettre obstacle, Défend ce cher époux de la voix et des yeux, Puis, n'espérant plus rien, lève les mains aux cieux, Et, cédant tout à coup à la douleur plus forte. Tombe, dans sa galère, évanouie ou morte. Les siens en ce désastre, à force de ramer, L'éloignent de la rive et regagnent la mer. Mais sa fuite est mal sûre; et Tinfàme Seplime, Qui se voit dérober la moitié de son crime. Afin de l'achever, prend six vaisseaux au port Et poursuit sur les eaux Pompée après sa mort.
Cependant Achillas porte au roi sa conquête : Tout le peuple tremblant en détourne la tête; Un effroi général offre à l'un, sous ses pas, Des abîmes ouverts pour venger ce trépas ; L'autre entend le tonnerre; et chacun se figure Un désordre soudain de toute la nature; Tant l'excès du forfait, troublant leurs jugements, Présente à leur terreur l'excès des châtiments!
Philippe, d'autre part, montrant sur le rivage Dans une âme servile un généreux courage. Examine d'un œil et d'un soin curieux Où les vagues rendront ce dépôt précieux. Pour lui rendre, s'il peut, ce qu'aux morts on doit rendre, Dans quelque urne chétive en ramasser la cendre, Et d'un peu de poussière élever un tombeau A celui qui dû monde eut le sort le plus beau. Mais, comme vers l'Afrique on poursuit Cornélie, On voit d'ailleurs César venir de Thessalie : Une flotte paraît qu'on a peine à compter...
CLÉOPATRE
C'est lui-même, Achorée, il n'en faut point douter.
Tremblez, tremblez, méchants, voici venir la foudre ; Cléopâtre a de quoi vous mettre tous en poudre; César vient, elle est reine, et Pompée est vengé; La tyrannie est bas et le sort a changé.
Admirons cependant le destin des grands hommes, Plaignons-les et par eux jugeons ce que nous sommes.
Ce prince d'un sénat maître de Funivers, Dont le bonheur semblait au-dessus du revers. Lui que sa Rome a vu, plus craint que le tonnerre, Triompher en trois fois des trois parts de la terre. Et qui voyait encore en ces derniers hasards L'un et l'autre consul suivre ses étendards; Sitôt que d'un malheur sa fortune est suivie, Les monstres de TÉgypte ordonnent de sa vie : On voit un Achillas, un Septime, un Photin, Arbitres souverains dun si noble destin; Un roi qui de ses mains a reçu la couronne A ces pestes de cour lâchement l'abandonne. Ainsi lînit Pompée; et peut-être qu'un jour César éprouvera même sort à son tour.
Rendez l'augure faux, dieux qui voyez mes larmes, Et secondez partout et mes vœux et ses armes.
CHARMION
Madame, le roi vient, qui pourra vous ouïr.