‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 388 sur 409 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

VIRIÂTE, SERTORIUS, THAMIRE.

On m'a dit qu'Aristie a manqué son projet, Et que Pompée échappe à cet illustre objet. Serait-il vrai, seigneur?

SERTORIUS

Il est trop vrai, madame; Mais, bien qu'il l'abandonne, il l'adore dans l'àme, Et rompra, m'a-t-il dit, la trêve dès demain, S'il voit qu'elle s'apprête à me donner la main.

478 SERTORTUS.

VIRIATE

Vous VOUS alarmez peu d'une telle menace?

SERTORIDS.

Ce n'est pas en effet ce qui plus m'embarrasse. Mais vous, pour Perpenna qu'avez-vous résolu?

VIRIATE

D'obéir sans remise au pouvoir absolu ; Et, si d'une offre en l'air votre âme encor frappée Veut bien s'embarrasser du rebut de Pompée, Il ne tiendra qu'à vous que dès demain tous deux De Fun et l'autre hymen nous n'assurions les nœuds; Dût se rompre la trêve, et dût la jalousie Jusqu'au dernier éclat pousser sa frénésie.

SERTORIUS

Vous pourrez dès demain...

VIRIATE

Dès ce même moment.

Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement ; Et, quand l'obéissance a de l'exactitude, Elle voit que sa gloire est dans la promptitude.

SERTORIUS

Mes prières pouvaient souffrir quelques refus.

VIRIATE

Je les prendrai toujours pour ordres absolus.

Qui peut ce qui lui plaît commande alors qu'il prie.

D'ailleurs Perpenna m'aime avec idolâtrie :

Tant d'amour, tant de rois d'où son sang est venu,

Le pouvoir souverain dont il est soutenu,

Valent bien tous ensemble un trône imaginaire

Qui ne peut subsister que par Fheur de vous plaire.

SERTORIUS

Je n'ai donc qu'à mourir en faveur de ce choix : J'en ai reçu la loi de votre propre voix; C'est un ordre absolu qu'il est temps que j'entende. Pour aimer un Romain, vous voulez qu'il commande ; Et, comme Perpenna ne le peut sans ma mort, Pour remplir \otre trône il lui faut tout mon sort. Lui donner votre main, c'est m'ordonner, madame, De lui céder ma place au camp et dans votre âme.

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