‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 389 sur 409 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

Il est, il est trop juste, après un tel bonheur, Qu'il Tait dans notre armée, ainsi qu'en votre cœur. J'obéis sans murmure et veux bien que ma vie...

VIRTATE.

Avant que par cet ordre elle vous soit ravie, Puis-je me plaindre à vous d'un retour inégal Qui tient moins d'un amJ qu'il ne fait d'un rival? Voustrouvéz ma faveur et trop prompte et trop pleine ! L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne! Vous m'en parlez enfin comme si vous m'aimiez!

SERTORIUS

Souffrez, après ce mot, que je meure à vos pieds. J'y veux bien immoler tout mon bonheur au vôtre ; Mais je ne puis vous voir entre les bras d'un autre, Et c'est assez vous dire à quelle extrémité Me réduit mon amour que j'ai mal écouté.

Bien qu'un si digne objet le rendît excusable, J'ai cru honteux d'aimerquand on n'est plus aimable; J'ai voulu m'en défendre à voir mes cheveux gris, Et me suis répondu longtemps de vos mépris. Mais j'ai vu dans voire âme ensuite une autre idée, Sur qui mon espérance aussitôt s'esf'fondée ; Et je me suis promis bien plus qu'à tous vos rois, Quand j'ai vu que l'amour n'en ferait point le choix. J'allais me déclarer sans l'offre d'Aristie : Non que ma passion s'en soit vue alentie; Mais je n'ai point douté qu'il ne fût d'un grand cœur De tout sacrifier pour le commun bonheur. L'amour de Perpenna s'est joint à ces pensées; Vous avez vu le reste, et mes raisons forcées. Je m'étais figuré que de tels déplaisirs Pourraient ne me coûter que deux ou trois soupirs; Et, pour m'en consoler, j'envisageais l'estime Et d'ami généreux et de chef magnanime; Mais, près d'un coup fatal, je sens par mes ennuis Que je me promettais bien plus que je ne puis. Je me rends donc, madame; ordonnez de ma vie : Encor tout de nouveau je vous la sacrifie. Aimez-vous Perpenna?

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VIRIATE

Je sais vous obéir, Mais je ne sais que c'est d'aimer ni de haïr; Et la part que tantôt vous aviez dans mon âme Fut un don de ma gloire, et non pas de ma flamme. Je n'en ai point pour lui, je n'en ai point pour vous ; Je ne veux point d'amant, mais je veux un époux, Mais je veux un héros qui par son hyménée Sache élever si haut le trône où je suis née, Qu'il puisse de l'Espagne être l'heureux soutien Et laisser de vrais rois de mon sang et du sien.

Je le trouvais en vous, n'eût été la bassesse Qui pour ce cher rival contre moi s'intéresse, Et dont, quand je vous mets au-dessus de cent rois, Une répudiée a mérité le choix.

Je l'oublierai pourtant, et v.eux vous faire grâce. M'aimez-vous?

SERTORIUS

Oserai-je en prendre encor l'audace?

VIRIATE

Prenez-la, j'y consens, seigneur; et dès demain. Au lieu de Perpenna, donnez-moi votre main.

SERTORIUS

Que se tiendrait heureux un amour moins sincère

Qui n'aurait autre but que de se satisfaire,

Et qui se remplirait de sa félicité

Sans prendre aucun souci de votre dignité !

Mais, quand vous oubliez ce que j'ai pu vous dire,

Puis-je oublier les soins d'agrandir votre empire;

Que votre grand projet est celui de régner?

VIRIATE

Seigneur, vous faire grâce, est-ce m'en éloigner?

SERTORIUS

Ah! madame, est-il temps que cette grâce éclate?

VIRIATE

C'est cet éclat, seigneur, que cherche Viriate.

SERTORIUS

Nous perdons tout, madame, à le précipiter. L'amour de Perpenna le fera révolter;

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