‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 393 sur 409 · ACTE IV, SCÎINE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÎINE III

J'en crains parmi le peuple un insolent murmure ;

Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature,

Que vous seul refusez les douceurs de la paix,

Et voulez une guerre à ne finir jamais.

Déjà de nos soldats Tâmc préoccupée

Montre un peu trop de joie à parler de Pompée,

Et, si Terreur s'épand jusqu'en nos garnisons,

Elle y pourra semer de dangereux poisons.

SERTORIUS

Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PEP.PENNA

Ne ferions-nous point mieux d'accepter le parti, Seigneur? Trouvez-vous l'offre ou honteuse ou mal sûre?

SERTOniUS.

Sylla peut en effet quitter sa dictature;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix.

De qui la pourpre esclave agira sous ses lois;

Et, quand nousn'encraindronsaucunsordressinistres,

Nous périrons par ceux de ses lâches ministres.

Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi,

Rien n'est si dangereux que trop de bonne foi.

Sylla par politique a pris cette mesure

De montrer aux soldats l'impunité fort sûre;

Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Marins,

Il a voulu leur tête, et les a tous perdus.

Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'abandonne.

Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne,

Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat

Qu'aller, tant qu'il vivra, briguer le consulat.

Vous...

PERPENNA

Ce n'est pas, seigneur, ce qui me met en peine. Exclu du consulat par Fhymen d'une reine, Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie, J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

486 SERTORIUS

SERTORIUS

Oui; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si fière... Mais peut-être le temps la rendra moins altière. Adieu : dispensez-moi de parler là-dessus.

PERPENNA

Parlez, seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus? Est-ce en vain que je Faime, en vain que je soupire?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m'a dit beaucoup ; mais, seigneur, achevez,

Et ne me cachez point ce que vous en savez.

Ne m'auriez- vous rempli que d'un espoir frivole?

SERTORIUS

Non, je vous l'ai cédée et vous tiendrai parole. Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu; Mais je crains que ce nom n'ait jamais son aveu. Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin? L'Espagne a d'autres reines; Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux, Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Ilergètes, Rendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites : La reine avec chaleur saurait vous y servir.

PERPENNA

Vous me l'avez promise et me l'allez ravir!

SERTORIUS

Que sert que je promette et que je vous la donne Quand son ambition l'attache à ma personne? Vous savez les raisons de cet attachement. Je vous en ai tantôt parlé confidemraent; Je vous en fais encor la même confidence. Faites à votre amour un peu de violence; J'ai triomphé du mien; j'y suis encor tout prêt : Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt. Faut-il pousser à bout une reine obstinée, Qui veut faire à son choix toute sa destinée,

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