‹ Théatre de DésaugiersChapitre 6 sur 265 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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de la patrie absente était toujours devant ses yeux. Il s'occupa de ménager son retour en France. Il se recommanda auprès du consul français de ses deux frères secrétaires de légation à Copenhague. Il put enfin s'embarquer sur un navire qui le débarqua au Havre, en 1797. Et voilà comment la fortune ramena à Paris le poète Désaugiers fourvoyé sous les tropiques.

En France, les jours les plus redoutables étaient passés. Paris, échappé à la Terreur, fêtait sa résurrection par une orgie furieuse, au milieu de la ruine et de la famine. Chacun semblait n'avoir plus qu'un souci, celui de vivre, de vivre vite, de dépenser follement cette vie que l'échafaud aurait pu lui ravir. Jamais on n'avait tant dansé, tant banqueté, tant chanté. Jamais les petits théâtres n'avaient été plus courus, le boulevard plus tumultueux, le Palais- Royal plus brillant. Ils étaient là je ne sais combien de joyeux compères qui étaient sortis de la Révolution avec un rire intarissable aux lèvres. Citons la trinité féconde : Barré, Radet, Desfontaines; Armand Gouffé, qui a fait la fameuse chanson : « Plus on est de fous, plus on rit » ; Martainville, célèbre par ses témérités réactionnaires; Piîs, Dumersan, Dumaniant, les deux Ségur, Hapdé, Chazet, Rougemont, Francis, Moreau, Coupart, Jacquelin, Théaulon, Deschamps, Desprez, Dieulafoy, Jouy, Tournay, etc. Dix-sept de ces gens d'esprit avaient fondé, en 1796, les Dîners du Vaudeville dont ils avaient rédigé les statuts en couplets. Il s'agissait de refaire le Paris du plaisir, dont le prestige avait reçu une brutale atteinte.

La recrue qui leur arrivait en la personne de Désaugiers n'était certes pas à dédaigner. Il allait

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faire doubler le pas à la bande joyeuse. Mais les commencements furent pénibles. Désaugiers le père était mort, à Paris, d'une maladie pulmonaire, le

10 septembre 1793. Désaugiers fut obligé de se créer des ressources. Il se lança sans hésiter dans le monde musical et théâtral où il avait débuté jadis.

11 en fat réduit toutefois à accepter des emplois bien modestes. Il prit le bâton de chef d'orchestre dans les petites salles les plus enfumées, notamment au théâtre des Victoires nationales, rue du Bac. Et tout ausssit6t il recommença à composer des petites pièces pour les théâtres de vaudevilles. La première que Ton connaisse est le Testament de Carlin, représenté au théâtre des Jeune» Artistes en mars 1799. Elle est, comme celle de 1792, en vers mêlés de couplets.

Bien des anecdotes ont couru sur ces année difficiles.

Brazier raconte dans son Histoire des petits théàires une caravane que fît Désaugiers avec une troupe comique improvisée : « Vers 1804 ou 1805, dit-il (ce fut probablement un peu plus t6t), Lepeintre aîné partit avec quelques-uns de ses camarades, sous la tutelle d'un nommé Petit qui enseignait la déclamation aux comédiens. Désaugiers et Jacquelin furent du voyage. Ils allèrent à Marseille, â Avignon. Désaugiers, ainsi que Molière, fut dans la troupe aatenr, acteur, et même chef d'orchestre. Jacquelin se borna à Thumble emploi de souffleur. En passant par Avignon, Désaugiers, jouant le père Thomas dans le Club des bonnes gens , chantait une espèce de ronde en deux couplets . Le public, croyant qu'il y en avait trois, se mit à crier : « Le troisième couplet I le troisième couplet 1 » Désaugiers dit tout

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bas à son camarade : « II n'y en a qae deux ! » Mais le brait redoublant, il improvisa un troisième couplet qui eut les honneurs du bis.

On pense bien que nos comédiens ambulants ne firent pas fortune. Us se séparèrent bientôt. Lepeintre atné alla à Bordeaux... « En revenant de Marseille, Désaugiers, Jacquelin et quelques autres étaient dans un tel état de gène qu*il était temps qu'ils arrivassent à Paris. A quatre lieues de la capitale, leurs estomacs commençant à crier et la caravane ne pouvant plus marcher, Désaugiers prit un violon, et, pour retremper le courage de ses amis, leur joua des contredanses jusqu'à la barrière. Ce fut là que Désaugiers, à qui il ne restait plus qu'un sou dans sa poche, acheta un petit pain et dit en riant à Jacquelin, en le rompant en deux : « Veux-tu l'aile ou la cuisse ? »

On le vit sur les planches au moins dans quelques circonstances exceptionnelles; il était prêt à tout, toujours alerte et dispos. Un soir, dans une de ses premières pièces. L'un après Vautre, l'acteur qui jouait Arlequin est indisposé au moment d'entrer en scène. Qu à cela ne tienne I Désaugiers endosse la casaque bariolée du fils de Bergame, s'arme de la batte traditionnelle, joue le rôle sous le demimasque noir, et se fait applaudir.

Il allait se trouver bientôt au-dessus de ces aventures de roman comique. Ses succès de théâtre le mirent hors de pair dans la cohue des vaudevillistes. Manon laravaudeuse{iSOS), M, Vautour (1805), Avis au public, fort joli opéra-comique (1806), le Mari intrigué, une comédie en vers représentée la même année sur le Théâtre de l'Impératrice, firent connaître avantageusement son nom.

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