INTRODUCTION IX
A partir de ce moment, il fît représenter en moyenne six à sept pièces chaque année jusqu'en 1815 indusivement.
De 1816 à 1822, pendant qu'il est directeur du Vaudeville, sa production se ralentit, mais elle reprend avec la même fécondité en 1822 lorsqu'il a donné sa démission. Dans ces pièces, le titre, toujours double comme c'était Tusage alors, est souvent ingénieux, et le cadre bien rempli. L'auteur ou les auteurs, quand il y a collaboration, font rendre à leur sujet tout ce qu'il promet à première vue. La plupart du temps, ils font peu d'effort pour aller au delà ; l'intrigue se noue à la légère, et le dénoûment est celui qui s'offre toute de suite à l'esprit.
Désaugiers fut un créateur de types, non pas sans doute de ces types qui se développent en ouvrant des perpectives profondes sur la nature humaine ; ceux qui sortent de son imagination aisée, on les aperçoit tout entiers du premier coup d'oeil. Us n'en sont pas moins bien saisis, bien observés dans leur physionomie et leur attitude presque toujours caricaturales, et il faut reconnaître dans cette faculté créatrice un des dons les plus caractéristiques et les plus rares de l'auteur comique.
Désaugiers a créé M. Vautour, dont le nom est devenu le nom commun des propriétaires intraitables. Disons toutefois que le personnage de M. Vautour, dans la pièce de M. Vautour ou le Propriétaire sous le scellé est plus grotesque que féroce. Il suffît
X INTRODOCTION
de faire remarquer que c'était le fameux Brunet qui jouait ce personnage pour qu'on soit bien sûr qu'il faisait plus rire que trembler. On n'a pas oublié le reproche de M. Vautour à ses locataires récalcitrants :
C*est mal à vous, je tous le dis très ferme, D'être venus ainsi loger chez moi :
Quand on n*a pas de quoi payer son terme, Il faut avoir une maison à soi I
Désaugiers a créé M. DumoUet, « le plus gros marchand de bas de Saint-Malo, » nouveau Pourceaugnac plus ridicule que Tancien. M. Dumollet parut pour la première fois dans les Trois étages ou Vlntrigue sur Vesealier, vaudeville représenté sur le théâtre des Variétés le 4 août 1808. M. Dumollet débarque à Paris dans l'intention d'épouser la charmante Rosette, ainsi que les choses ont été réglées avec le père de ladite Rosette, M. Carré. On conspire pour l'évincer, comme dans la pièce de Molière. On lui fait accroire que Rosette est veuve de trois maris r[ui tous trois sont morts un mois après le mariage. Aussi s'empresse-t-il de souscrire à l'union de Rosette et de Charles son amoureux. L'action se passe sur l'escalier comme le dit le second titre ; elle monte et descend du premier étage où habitent M. Carré, propriétaire de la maison, et M. Bonnefoi, notaire, au deuxième, occupé par M. Grand-Deuil, médecin, et au troisième où loge M. Pathos, poète tragique. L'intrigue est menée par le concierge André, le perruquier Frisac, et l'amoureux Charles. Mais M. Dumollet est si crédule qu'ils n'ont pas besoin de se donner autant de peine que Nérine et Sbrigani. Ce personnage de Dumollet réussit à mer-