INTRODUCTION XI
veille, tant Paris a toajours éprouvé de plaisir à voir bafouer les provinciaux plus ou moins naïfs. Désaugiers le fît reparaître dans trois autres pièces : le Départ pour Saint-Malo ou la Suite des trois Etages, joué le 25 juillet 1809. Cette pièce finit par le vaudeville :
Bon voyage.
Cher DumoUet, A Saint-Malo, débarquez sans naufrage, etc..
qui devint populaire et qui conserve à jamais le nom de Dumollet à travers les âges. Mais le texte primitif a été modifié. L'année suivante on revit le fameux marchand de bas dans : // arrive ! il arrive! ou Dumollet dans sa famille. Et enfin, le 18 janvier 4812, le Mariage de Dumollet vînt clore cette série facétieuse. Soupçonnerait-on que c'est dans cette dernière pièce que se trouve cette jolie chanson, que Nanine chante au lever du rideau ?
Voici la Pentecôte,
Belle Joly; La fraise est à mi-côte
Du bois joli.
Déjà roses nouvelles
Ont refleuri, C*est le temps où les belles
Changent d'ami.
Changerez-vDus le vôtre,
Belle JoUy ?
— Non, je n'en veux point d'autre
Que mon ami.
L'été fane la rose,
La fraise aussi ; 11 change toute chose,
Mon cœur, nenni.
Désaugiers a créé M. Pinson, le type du commis
Xn INTRODUCTION
de boutique parisien, débridé le dimanche et qui veut s'amuser à tout prix. M. Pinson a paru dans deux pièces : la première fois dans Je fais mes far ces ^ folie en un acte, représentée aux Variétés, le 4 septembre 1815. Potier, Brunet et Odry jouaient dans cette pièce. Quolibets, coq-à-Fâne, calembours y pleuvent drus comme grêle. Cette qualification de « folie » n'a jamais été mieux justifiée. Et yrainaent il fallait bien pour égayer le public parisien que le diapason fût monté à ce ton aigu, car, le 4 septembre 1815, c'est moins de trois mois après Waterloo, moins de deux mois après l'entrée des alliés à Paris, et le rire ne devait pas être facile. M. Pinson, le héros de Je fais mes farces, a reparu dans une autre pièce, en 1824 : Désaugiers donna alors : Pinson père de famille ou la suite de Je fais mes farces.
Désaugiers a créé M. Sans-Gêne, le camarade de pension qui, au bout d'une trentaine d'années, tombe chez vous à l'improviste, vous tutoie, met votre maison au pillage. M, Sans-Gêne ou rAmi de collège est une petite pièce amusante et pleine de verve. Elle a servi longtemps, moyennant quelques suppressions peu importantes, aux représentations d'écoliers, et dans ces circonstances spéciales elle a toujours fait plaisir, en même temps qu'elle donnait une utile leçon aux futurs Sans-Gêne.
Il a créé le prince Mirliflor, de la Chatte Merveilleuse : Mirliflor subsiste dans le langage familier. Il a créé M. Lagobe (devenu depuis M. Gogo) ; M. Desomières ; M. Pistache, M. Partout. Et nous ne parlons pas des silhouettes piquantes qu'il a tracées dans ses chansons : Gadet-Buteux, le batelier de la Râpée, badaud et malin ; Monsieur et madame Denis ; Margot et Dubelair, Pierre et Pierrette, etc.
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Il serait difficile de dénier le titre d*auteur comique à celui qui a mis en circulation tant d'êtres imaginaires qui représentent la curieuse époque où ils ont paru, et dont plusieurs sont immortels, aussi bien que les créations de génies plus puissants.
Le chansonnier se fait une large place dans les pièces de Désaugiers, un peu trop large peut-être pour nous, qui ne sommes plus accoutumés à cette îorme dramatique. Mais il est évident que c'était là l'attrait le plus vif pour les contemporains. Désaugiers réserve pour les couplets le mot piquant, la saillie originale, la leçon philosophique ou morale, tout ce qui doit frapper le spectateur et rester dans sa mémoire. On rencontre de bien jolies choses, bien des traits curieux, en parcourant son théâtre. Je note, dans le Château de mon oncle ou le mari par hasard ce couplet qui est amusant :
La victoire est toujours fidèle
A qui ne boit pas à demi.
Le soldat dont le pied chancelle
Marche plus droit à l'ennemi; Et je ferais des choses sans pareilles Si Mars changeait les sabres en forets»
Les fusils en vieilles bouteilles,
Les corps-de-garde en cabarets!
Dans les Étrennes du FûMrf^/te(l*' janvier 1821), nous trouvons ce couplet à propos d'un mélodrame d'Ugolin qu'on jouait alors :
Cest là-dedans qu'on voit un papa Plein d'un* tendresse sans égale Qui, dans une tour où ce qu'on le flanqua, Est près de mourir d'Ia fringale.
L'cher homme, après ben des tourments Sar l'sort d' s orphelins qa'il va faire.