‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 166 sur 307 · SCÈNE IT · texte numérisé non relu

SCÈNE IT

MISS MILNFR, moutrant le tableau.

Lo grand maître est là!

ELSIVOOD, courant au tableau et rexaminant.

Je n'en reviens pas encore, une pareille surprise...

SANDFORT.

Kh bien! niilord, vous voilà séduit par une prévenance, une flatterie : comme si le désir de vous causer cette surprise était le seul motif qui l'eût conduite à celte vente. Elle y allait parce que la belle société de Lon<lres s'y était donné rendezvous: elle y allait pour y paraître, pour y briller; elle y allait parce que lord Frédéric y était. Miss mu-ner.

Et pourquoi pas? parmi nos jeunes gens à la mode, en estil un plus brave, plus spirituel, qui soit de meilleur ton? Jé conviens qu'à ses hommages se mêle beaucoup de flatterie, et que peut-être tous ses éloges ne sont pas vrais; mais, à n'en croire que la moitié, c'est déjà très-satisfaisant; et si vous aviez entendu ce qu'il ma disait ce matin sur cette course de Hyde-Park, où nous devons aujourd'hui nous trouver ensemble !

ELMVOOD.

11 y a une course à Hyde-Park?

MISS MILNER

Eh' oui, sans doute, un pari de dix mille guinées; on en parle depuis un mois : chacun a déjà l'ait einplette de ses chevaux, de ses livrées...

Air : Ce que j'éprouve en vous voyant.

Que d'équipages éléganU!

Jugez ((uellti magiiiticence!

Ce sera, dit-ou, comme eu France,

Dans lus plus beaux, jours de Lougchamps.

SANDFOFT.

Oui, je connais ce passe-temps ; Mais parmi ceux qui se hasardent Dans ces lieux de foule inondés, Quels sont, de grâce, répondez.

Les plus sols, de ceux qui regardent.

Ou de ceux qui sont regardes ?

MISS MILNER, prête à sortir.

Je vous le dirai à mon retoui', car je vais m'occuper de ma

toilette.

184 SIMPLE Hr^TOFRE.

Ef.MVOOU.

Un instant, missMilner, cominf votre tuteur, comme volro ami, il faut que je vous parle , ici même, d'un sujet très-important. /

SANDFORT.

Je me retire.

EI-MVOÔU.

Au contraire, je désire que vous soyez présent à notre conversation; j'ai besoin que vous m'aidiez de vos lumières.

MISS MILNER

Quant à moi, je serais désolée de gêner Monsieur.

SANRFORTj s'asseyant à gauche du spectateur.

Je reste donc ; car les moindres désirs de milord sont des ordres pour mol.

l.LMVOOD, de l'autre côté, près de la table, prenant aussi un siège, clifaisant signe à nniss Milner d'en faire autant.

Depuis deux ans que vous êtes sous mii tutelle, j'ai pu remarquer en vous de la légèreté, de rélourderie; mais j'ai toujours rendu justice à votre extrême IVanchise; c'est elle que j'invoque aujoiud'hui ; c'est elle seule qui doit dicter votre réponse à la question que je vais vous adresser. Est-il vrai, comme on le dit, que vous aimiez lord Frédéric?

Miss MILNEll.

Eu vérité. Monsieur, une pareille demande a droit de m'étonner; mais moins encore que le ton avec lequel vous me l'adressez. Je ne vous ai jamais vu avec moi un air aussi froid et aussi sévère.

SANDFORT.

Le ton n'y fait rien; on vous demande, oui, ou non.

MISS MIL^ER

Est-ce à vous , Monsieur, ou à mon tuteur que je dois répondre ?

EI.MVOOD.

C'est à moi, à moi seul. Eh bien ! pourquoi hésitez-vous?

SANDKOIIT.

Poiu-quoi? pourquoi? c'est bien facile à voir : c'est qu'elle l'aime, c'est qu'elle l'adore.

ELMVOOn.

Enfin, de grâce, répondez! aimez-vous lord Frédéric?

MISS MII.M-.lt, froidpiiipnl.

Non, Monsieur.

Qu'entends-je, vous ne l'aimez pas?

MISS MILNER, de même, ei d'uu ton résolu.

Non, Monsieur, je ne l'aime pas.

SANDFORT.

Eh bien ! Mademoiselle, je n'en crois pas un mot,

F.LMV00D.

Et pour quelle raison ?

SANDFOKT.

Je n'en sais rien ; mais je suis sûr qu'elle nous trompe.

ELMVOOIJ.

Quant à moi, miss Milncr, qui n'ai aucun motif de douter de votre sincérité, je vous crois ; mais je vous demanderai alors pourquoi vous avez encouragé à ce point les assiduités de ce jeune hoinnio?

MISS MILNER

Je ne sais : pour des motifs que je ne pciurrais peut-être m'explique!' moi-même.

ELMVOOD.

11 faut cependant se décider : ou le nommer votre époux, ou ne plus recevoir ses visites.

MISS MILNER

J'aimerais mieux qu'il pût les continuer.

SANDFORT.

Et pourquoi?

Parce qu'il m'amuse.

SANBFORT, se levant.

0 lionte ! vous l'entendez, si ce n'est pas là de la coquetterie!...

ELMVOOD, se levant, ainsi que miss Milner.

Eh bien ! Miss , j'exige que vous me promettiez de ne plus revoir lord Frédéric.

MISS MILNER

Je vous le promets. Monsieur.

ELMVOOD.

Dès aujourd'hui ?

MISS MILNER

Dès aujourd'hui ! je le voudrais ; mais cette course à Hyde- Park, depuis longtemps je m'en faisais un plaisir, j'en ai rêvé cette nuit, et puis j'ai promis à lady Seymour, et je n'y puis

manquer; car vous savez, Monsieur, qu'un engagement antérieux*...

ELMVOOD.

Et ceux que vous venez de prendre avec moi, vous n'y attachez aucune importance ?

MISS MILNER

Beaucoup ! si vous y en attachez vous-même ; mais le sujet dont il s'agit en mérite si peu, que je ne puis croire, milord, que vous, qui d'ordinaire êtes si bon et si indulgent...

ELMVOOD, vivement.

11 est des circonstances où l'indulgence est faiblesse, et je vous ai fait connaître mes intentions.

Miss Mn.ISER.

Vos intentions ?

SANDFORT.

A la bonne heure, voilà ce qu'il fallait dire tout de suite, et si l'on suivait mes conseils, si vous étiez ma pupille...

Miss MlL^EH.

Si j'étais votre pupille, Monsieur je...

SANDFORT.

Eh bien ! que feriez- vous ?

MISS MILNER

Je ferais... ce que je ferai aujourd'hui, car bien certainement j'irai à cette course.

ELMVOOD.

Et moi, je vous défends de sortir d'aujourd'hui. Je vous le

défends, entendez-vous? (U exUre dans l'appartement à gauche.)

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