ACTE II, SCÈNE V
accepté, sans savoir ce que je faisais , parce que, voyez-vous, mademoiselle Suzette, un boulet de canon ça vous étourdit, on n'y voit que du feu. C'est égal, on avance toujours. Mais quand j'ai été revenu du coup et do ma première surprise, je me suis dit : a Faut au moins consulter mademoiselle Suzette, et lui donner le temps de se reconnaîtie. » Je voulais donc vous proposer de différer de quelques jours, de quelques semaines, non pas qu' ça me coûte diablement, mais quand depuis deux ans on attend, on commence à s'y habituer.
SUZETTE
Eh bien ! qui vous a empêché d'effectuer ce projet dont mon cœur eût été bien reconnaissant?
BERTRAND
Ce qui m'en a empêché ? une lettre anonyme, par laquelle on me fait à savoir les expressions suivantes ; « Si tu épouses Suzette aujourd'liui, si tu ne diffères pas ce mariage, tremble pour tes jours. » Trembler! je ne connais pas ça, et cette épître-là, c'est la cause que je me suis marié sur-le-champ.
SUZETTE
Et si l'on exécutait une pareille menace ?
BERTRAND
Qu'est-ce que ça me fait? Vous valez bien la peine que l'on risque quelque chose ; mais soyez tranquille , je les connais, ils ne bougeront pas.
SUZETTE
0 ciel! est-ce que vous vous doutez de la personne qui a pu
vous écrire cette lettre. (Elle s'approche de la fenèlre qu'elle avait ouïerte, et la referme doucement.)
BEHTRAMt.
Parbleu! c'est quelques-iuis de ces beaux messieurs de F^a- ,ris, de ces élégants qui habitent le château; car vingt fois je l'ai vu de mes propres yeux. Ils vous aiment tous , excepté monsieur le comte et son lils : ceux-là, c'est différent, ce sont ie braves gens, à qui je vous contieruis sans crainte, parce 5ue c'est l'honneur et la probité mêmes, et après vous, madenooiselle Suzelle, mon sang est à eux.
SUZETTE
, ( » ciel ! •
BERTRAM)
Uu'avez-vous?
SUZETTE
Rien; je ne me sens pas bien.
Milzienx! seriez-vous indisposée? Peut-être qu'en ouvrai
ce volet... (il va vers la fenêtre.)
SUZETfE , le retenant.
Non; gardez-vous-en bien; cela se passera; c'est le troubl l'émotion.
BERTRAND
Je comprends, mademoiselle Suzette, je comprends cel parce que , dans un jour comme celui-ci , un mari ça effra toujours , surtout quand il est fait comme moi ; mais tout que je vous demande, c'est de me parler avec franchise.
SUZETTE
Je vous le promets.
BERTRAND
Est-ce que, par hasard, vous m'aimiez?
SUZETTE
Non , pas encore.
BERTRAND
C'est ce que je me disais; je m'en doutais bien d'abon vous ne pouvez pas m'aimer comme je vous aime; ça n't pas possible , et je ne suis pas assez exigeant pour cela. J sorte qu'en m'épousant aujom'd'hui, ce n'était donc que p amitié, par raison?
SUZETTE
Oui , monsieur Bertrand.
BERTRAND
Eh bien! vous n'en avez que plus de mérite à mes yeux, vous dois encore plus de reconnaissance que je ne croya Vous, si jeune et si jolie, (juc les amants et la séduction i lourcnt de tous côtés, connue luie brave et iionnête 1111 vous avez préfère un sort [)anvrc , mais iionorable. Vous n vez pas craint d'époii^'r un >oldal. Eh bien ! ce soldat vous récompensera; sa vie entière sera employée ù vous en remi cier, à vous rendre heureuse. Que je meure, milzicux! januiis je vous cause un seul chagrin , ou si je vous coûte \i seule larme. Et d'abord, je n'ai pas besoin de vous le dii je ne suis rien ici. Vous êtes lu rein; , la maîtresse; ordonm commandez, je n'ai plus maintenant d'autre colonel que voi Ce beau pavillon que nous adonné M. le comte, la pensi