SCÈNE XVI
(Camille est assise et travaille.) et que la VOilà dUSSi à SOU aiSC aveC
moi qu'avec une ancienne connaissance.
CAMILLE, levant les yeiiit, et le vojant debout devant elle.
Eh bien ! Monsieur, vous ne lisez pas?
ALPHONSE
Non, je n'en ai plus envie : d'ici au dîner, je n'ai rien à faire qu'à me promener; et si je ne vous gêne pas...
CAMILLE, à son ouvrage.
Moi ! du tout, je travaille.
ALPHONSE, prenant une chaise et s'asseyanl près d'elle, mais à une petite distance.
Tant mieux, car je serai enchante de causer. (Après une pause.) Je vois, d'après ci> que vous me disiez tout à l'heure, que 1 entrevue de ce matin ne m'a pas été favorable.
Mais, Monsieur...
ALPHONSE
Allons, parlez franchement, je ne vous ai pas plu.
CAMILLE, doucement.
Très-peu.
ALPHONSE
C'est-à-dire pas du tout.
CAMILLE, baissant les yeux.
C'est vrai, (eu souriant.) Vous voyez qu'il y avait de la sympathie.
ALPHONSE
Je vois du moins que vous avez de la franchise; et en quoi vous ai-je déplu? Ce que je vous demande, c'est pour en proliler, c'est pour me corriger si c'est possible, et cela doit vous prouver...
CAMILLE
Que vous avez un bon caractère, car la vérité ne vous fùche pas... Eh bien! Monsieur, vous aviez avec moi un ton de protection, un air de supériorité, bien légitime sans doute, mais qui m'iiuiniliait infiniment. C'était presque me dire : « Voyez <;oinino je suis grand et généreux; je suis plus riche que vous, plus instruit, plus spirituel, et cependant .je vous fais la grâce de vous épouser. »
ALPHONSE, s'approchaiit..
Quoi, Mademoiselle, vous aviez de pareilles idées?
Et comment ne pas les avoir? Vous ne savez pas ce qm c'est que la situation d'une pauvre jeune personne à qui se parents ont dit : « Soyez aimable... soyez jolie... tenez-vou droite... c'es-t un prétendu, donc vous devez l'aimer... donc i doit vous plaire, car il est bien riche. » Ils n'ont jamais qu cela à dire , et c'est là le terrible.
ALPHONSE
Terrible ! et en quoi?
CAMILLE
Lorsqu'on est sans fortune, et qu'on épouse quelqu'un qu en a beaucoup, songez donc que de qualités il faut lui ap porter en dot !
Air de la Robe et les Bottes.
Que de vertus il a le droit d'attemlre! Et quels devoirs ou s'impose à jamais!
Oui, par les soins, par l'amour le plus tendre, 11 faut payer tous ses bienfaits.
Ou lui doit de son existence Le sacrifice généreux ; Et l'on est, par reconnaissance.
Obligé de le rendre heureux.
ALPHONSE, à part.
Eh mais! c'est très-bien raisonner,
CAMILLE
El, en revanche, qu'est-ce qui vous en revient? et qu'es ce qu'on gagne à se marier ? d'èlrt appelée Madame et ( porter un cachemire. La belle avance !
ALPHONSE, souriant.
Là-dessus il y auiait bien des choses à vous répondre; ma en admetlanl que ce liiisoniienient soit juste pour vous, c moins ne l'est-il pas pour moi, qui suis tout seul, qui n' aucun lien qui m'attache au monde, et qui cliorcliais à n marier pour trouver dans ma femme une compagne, m amie, et surtout une famille.
^>uoi! Monsieur, vous avez perdu tous vos parents?