‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 47 sur 307 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. DUVERSIN, LE COLONEL.

LE COLONEL

Je vous demande bien pardon, vous étiez occupé. II paraît que vous êtes au milieu des préparatifs d'une fête?

M. DUVERSIN.

Un bal de noces.

LE COLONEL

Ah! vous mariez un de vos enfants?

M. DUVERSIN.

Non : vous ne devinez pas ?

LE COLONEL

Vous vous remariez?

M. DUVERSIN.

C'est fait; je suis aiTivé de la campagne ce matin, et, comme vous voyez, j'attends ma femme ce soir : c'est pourquoi mes bureaux sont fermés aujourd'hui.

LE COLONEL

Ma foi, mon cher monsieur Duversin, je vous fais mon complimeiil; ime jeune femme sans doute... (a part.) Us épousent toujours déjeunes femmes.

M. DUVERSIN.

Vingt-deux ans.

LE COLONEL

C'est charmant ! Mais vous disiez que vous ne vous remarieriez pas, à cause de vos enfants?

Oh! cela tient à des circonstances... Et cependant ils sont loin d'approuver mon mariage ; au moins ils ont cru pouvoir se dispenser d'assister à la cérémonie ; et en ce moment encore ils sont chez une tante.

LE COLONEL

De l'humeur, du dépit? c'est assez l'usage.

T. xiit. 4

M. DUVERSIN.

Il n'y a pas jusqu'à ma vieille gouvernante, que vous V( nez de voir, qui ne me déclare la guerre.

LE COLONEL

Une gouvernante ! parbleu ! je crois bien, la voilà détrôné( elle a maintenant une maîtresse.

M. DUVERSIN.

Et puis , ce que vous n'osez pas dire , c'est qu'à mon âg< j'ai fait, en me mariant, une extravagance.

LE COLONEL

Moi ! je ne dis pas cela.

M. DUVERSIN.

Mais vous le pensez.

Du tout; chacun est libre, sm-tout quand c'est à ses ribqu( et périls.

M. DUVERSIN.

Vous avez raison ; et pourtant je parie qu'à ma place ] danger ne vous eût pas arrêté.

LE COLONEL

Je crois bien, nous autres militaires, c'est notre état; ma vous, un négociant, qui n'y étiez pas obligé. Elle est don bien jolie?

M. DUVERSIN.

Mieux que cela; c'est un ange à qui je dois la vie et l'iion neur. Fille d'un colon de Saint-Domingue, elle me fut autre fois confiée i)ar un ami mourant; et pendant le temps qu'oli fut ma pupille, j'eus le bonheur de lui rendre quelques sci vices, de réaliser sa fortune qui, dans nos colonies, était foi exposée; depuis elle à habité Strasbourg avec son frère.

LE COLONEL

Strasbourg !

M. DUVERSIN.

Oui, Qu'est-ce donc?

LE COLONEL

Rien, rien; c'est l'endfoit où j'ai connu ma seconde; et de souvenirs... Mais, pai'doiij, continuer.

M. liUVERSIN.

Il y a six moi», dcfe retards, des malhetu's, des spécula tioiis iiasardées avaient, mis ma fortune en péril ; j'étais prc; de manquer; et, décidé à ue pas suivivre à mon déshon

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