SCÈNE XIV
CHAllLES-QtJINT, a«sia à droite, MARGUERITE, debout.
CHARLES-QUINT, aprè« un intlant de silence, et monîranl à Marguerite le | apier cacheté qu'il tient encore à la main.
Eh bien! Madame!... ceci renferme-t-il, oui on non, quoique trahison? C'est à vous que je m'en rapporte... Qu'avcz-vous à répondre?
MARGUERITE
Rien.
CHARLES^UINT, Jetant le papier aor ta table*
Ainsi vous m'avez, non pas trompé... je le pardonnerais peutêtre... mais joué... moi I... l'empereur!
AGTS m, SCtNE XIY. S99
MARGUERITE
Si Dieu mVait accordé la force et le courage... ce n*est pas ainsi que j'eusse défendu mon frère et la France. Je suis femme! pour protéger et sauver tout ce que j^aime^ jeme sers des seules armes que le ciel m'ait données : la ruse ei fadresse. Mais s'il faut plus tard souffrir pour moi ou les miens, s'il faut par l'énergie et la patience, par la douleur de tous les instants, vous montrer ce que peut une femme, vous pouvez me mettre à l'épreuve, sire, et vous verrez t
CHARLES-QUINTy M la?»!.
Ne croirait-on pas, à vous entendre, que je vais vous charger de fers?... ïlassurez-vous... je me contenterai de déiouer et d'empêcher cette comédie d^abdication.
MARGUERITE
Une comédie!... Ah! sire! si vous ne comprenez pas ce qu'il y a d'héroïque et de sublime dans ce roi qui renonce à sa couronne, pour sauver son honneur, son peuple et son pays 1... je plains Votre Majesté, et plus encore... l'Espagne!
CHARLES-QUINT
Maaàme!...
Oui, jamais le roi de frmce n'a été plus digne du trône que le jour où il en descend ainsi... Et si j'étais Charles-Quînt, Je ne voudrais pas que, du fond de son cachot, François I*', vaincu, se relevât plus grand que son vainqueur!
CHARLES-QUINT, à part, la regardant.
Vrai Dieu!... elle est belle ainsi ! (Haut.) Ëh bien ! Madame, si, comme vous le dites, vous étiez Gharles^uint..» voyons I que feriez-vous?
MARGUERITE
Moi!...
CHARLES-QUINT
Vous qui êtes de si haut jugement et de si bon coaçeil... parlez?
MARGUERITE
Charles-Quint ne m'entendrait pas.
CHARLES-QUlNT.
Peut-être !... il l'essaiera du moins!
*^ BfARGUERITE.
Eh bien! maître d'un immense empire... qui ne peut que perdre en forces ce qu'il gagnera en étendue, je ne songerais plus à Tagrandir, mais à le consolider»
CHARLES-QUINT
Ce serait peut-être plus sage !
MARGUBRITE.
Pour consolider ma puissance, je voudrais l'entourer d'alliances fortes, durables; or, il n'y a de durée que dans des alliances honorables... Un traité humiliant n'est qu'une balte, pour reprendre baleine, compter ses forces et saisir ses armes.
CHARLES-QUINT
Bien ! Marguerite, et après?
MARGUERITE
Je voudrais donc avoir de l'autre côté des Pyrénées, non un ennemi qui attend... mais un allié qui est prêt, et pour qu'il fui toujours prêt à me défendre, je m'arrangerais pour qu'il eût honneur et intérêt à le faire. Que si, d'aventure, c'était là pour Charles- Quint de la politique trop simple, politique de femme et de ménage, qui fait les peuples heureux et les rois obscurs... que si; à vous, météores brillants et terribles, qu'on appelle des grands hommes, il vous faut de l'éclat sur votre passage... je vous dirais : C'est l'Orient, ce sont les infidèles qui menacent en ce moment la gloire, les arts et la civilisation de l'Europe... c'est l'Orient, c'est Soliman, qui vous offre un rival digne de vous... Eh bien ! que Charles-Quint et François !•' s'unissent, comme Philippe-Auguste et Richard, pour cette nouvelle croisade, et que, se touchant dans la main, comme frères d'armes, ils oublient leurs injures pour sauver la chréti<^Dté!... Voilà ce que je ferais si j'étais Charles-Quint.
CITARLES-QUIIHT.
Conseils qui me semblent très-bons et très-beaux.
Marguerite.
Mais. que vous ne suivrez pas.
CHARLES-QUINT
J'avais fait plus encore... tenez I (OécaclieUnt l*enTe1oppe qn'n mH j«tft iiir la table, et en retirant différents papiers.) à moi CCt aCte d'abdiCatiOH !...
à VOUS cette lettre que j'adressais à Louise de Savoie, votre
mère, régente de France... (Pendant que Marguerite parcourt la lettre.) VoUS
voyez que je lui écrivais de vous envoyer tous ses pouvoirs, à vous... à vous seule... pour discuter d'abord les bases d'un traité...
MARGUERITE, i part.
ciel I... (Lisant àToix basse.) dout la première conilition eût été Mue alliance entre le roi d'Espagne... et la sœur de Fr.! c ^isP'.