‹ Théatre de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 65 sur 265 · Scène ïi · texte numérisé non relu

Scène ïi

ALBERT, M. bË MARIGNAN.

LE COMTE, sortant de l'appartement à droite et parlant à la cantonade.

Bien, mon clier Maxence... faites les honneurs pour moi. (Se nfouinant vers Albert.) lls sont tous daus Ic petit sàloù à prendre le café, et me voici, Monsieur, prêt à vous entendre.

ALBERT

Monsieur... j'ai eu pour ami... et pour protecteur dans ma carrière militaire. M; le général de Saint-^A^vold, qui a été pour moi un père plutôt qu'un chef. Je dois le peu que je suis à ses conseils; je dois la vie à son courage. Plus tard, et c'est là ce qui me lie à lui par une éternelle reconnaissance, il m'a confié ses plus secrètes pensées. Les qualités distinctives de son caractère, étaient l'horreur de la vanterie et du mensonge, son amour pour son pays et surtout le culte qu'il professait pour l'honneur. Il n'eût pas souffert que l'on portât au i^ien la plus légère atteinte! et il eût versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le conserver pur et intact. Aujourd'hui qu'il n'est plus, «'est un soin qu'il nous a légûéj à ho\)s qui Wmes ses soldats, à moi qui fus son ami, et je viens vous deûiander compte de la manière

ACTB

dont Yous parles de lui... dans le peu de lignes que j'ai entendues.

LB COHTS, •onrianl.

Me chercher querelle! à moi, son panégyriste, n oToi qui le comble d'éloges, comment aumiH& PU Toffenser?

ALBERT

C'est offenser un bon et loyal militaire que de lui attribuer des exploits qyli n'a jamais faits, des aetjens fabuleuses, qui peuvent provoquer des démentis, attirer des insultes ^ sa mémoire, et jeter en un mot un ridicule ineffaçable sur sop nom.

Ï.KCOMï«.

Je ne vois pas. Monsieur, en quoi cel^ qie regarde.

Je vais m'expliquer. Je n'ai jamais quitté 1^ générfil. Je suis arrivé en Afrique, aveo lui| av^ç la di'yi§iQn qq'il comipandait, et jusqu'au jour où il est mort entre mes bras, je l'ai suivi dans toutes ses expéditions, dans tous ses combats.' Or, dans le passage, dans les quelques lignes que vous poqs ftve« jues avant dinel*, j'ai admiré coinme tout le mqnde le^ grnements et l'éciat du style.

La G0NT6,

Voua êtes bien bon!

ALBERT

Je ne m'y connais pas !... fixais pour les faits... c'est différent.

LE COMTE, «oarianU

Si ce n'est que cela !

ALBERT

Gomment, si ce n'est que cela !... je n'ai entendu que quelques mots à peine, et il n'y en a pas un seul qui ne soit une fausseté évidente.

LB COMTS.

Permettez, Monsieur!

ALBBRT.

Jamais mon général n'a livré de bataille dans l'Atlas,., et peur une bonne raison.,* nous n'y avons jamais mis les pieds, et nous avons toujours opéré à cent lieues de là..,

LE COUTS.

Monsieur...

ALBERT

Jamais nous n'avons eu de combats ou de relations avec la tribu des Beni-Ballaboud, dont aucun de nos soldats n'a aperçu

iOO LE PUFP.

les Lentes, et jamais enfin nul fait d'armes n*a illustré les borda de la Mahoura... non pas que ce'nom^ me soit inconnu, je ne sais pas où je Tai vu, mais à coup sûr ce n'est pas en Afrique, car celte rivière-là n'existe pas, et je vous défie de Ty trouver. LE comE Vous croyez cela. Monsieur?

J'en suis sûr... voyez plutôt sur la carte. Et quand on écrit, quand on imprime, quand on publie sciemment de pareilles faussetés...

LE COMTfc, vnc colira.

Une telle expression...

ALBERT

Est la seule qui convienne. Si mon général était vivant, il s'écrierait : Vous avez menti !... Je prends sa place et suis à vos ordres.

LE COMTE, ièramenl.

Et je serais aux vôtres, si volre général avait pu tenir un pareil langage... mais il s'en serait bien gardé. Vous étiez en Afrique, Monsieur, je n'en doute pas, mais le général de Saint- Avold y était aussi, et entre vos deux assertions, quelque contradictoires qu'elles soient, vous me permettrez de donner la préférence à la sienne.

ALBERT

Que voulez-vous dire?

LE COUTE

Que notre devoir, à nous autres historiens, est bien grave. C'est comme un sacerdoce, celui de la vérité, que nous sommes chargés de- transmettre à nos derniers neveux. Alors, Monsieur, l'historien qui se respecte ne marche qu'appuyé sur des preuves irrécusables, sur des documents authentiques, c'est ce que j'ai fait.

ALBERT

Vous, Monsieur!

LE COMTE, allant à 1» tabla I gaaeha.

J'ai là les Mémoires mêmes du général Saint-Avold, trouvés dans ses papiers après sa mort... et je suis heureux de vous prouver avoc (juelle fidélité consciencieuse j'ai rempli, envers mon pays et la postérilé, mes devoirs d'historien!... (Prappam sur

le inanu«cril qu'il vient da prendre.) LcS VOici, CCS MémoirCS du vicUX Soldât... ces Mémoires pensés au milieu de la bataille et écrits sur

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