‹ Théatre de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 83 sur 265 · ACTE T^ SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE T^ SCÈNE H

SCS ajustements un goût particulier qui lui sied à menrelUe... puis^ des manières si nobles, si distinguées...

LE PRINCE

M. de Bourbon disait d'elle, Vautre jour, qu'il avait cru voir une reine au milieu de comédiens.

La princesse*.

Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable... CVst à cela que je faisais allusion dans mon invitation... et voici sa réponse : (Lisant la lettre.) « Madame la prin- « cesse, si j'ai eu l'imprudence de dire devant M. d'Argental « que l'avantage des princesses de théâtre sur les véritables, c'est « que nous ne jouions la comédie que le soir, tandis qu'elles la « jouaient toute la journée, il a eu grand tort de vous répéter « re prétendu bon mot... et moi, un plus grand encore de « lavoir dit, même eïi riant; vous me le prouvez. Madame, par la franchise et la graciauseté de votre lettre. Elle est si digne, « si charmante, elle sent tellement la véritable princesse, que .j(* l'ai gardée devant moi, sur mon bureau, pour placer la « • érité à côté de la fable. J'avais juré de ne plus aller réciter « (le vers dans le monde; ma santé est faible, et cela ajoute « beaucoup à mes fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une « pauvre fille comme moi, de vous refuser? vous me croiriez « fière!... Et si je le suis. Madame, c'est de vous prouver à « ijUel point j'ai l'honneur d'être votre très-humble et obéissante servante. âdrienne. m

ATHÉNAÏS

Mais voilà une lettre du meilleur goût !... et personne de nous, )e pense, n'en écrirait de mieux tournée... (Prenant u lettre.) puisje la garder? Je ne m'étonne plus de Ja passion de ce pauvre petit d'Argental... le fils!

l'abbé.

Il en perd la tête I

LA PRINCESSE

C'est un mal de famille... car le père, que vous connaissez, avec fa perruque de l'autre règne et sa figure de l'autre monde, s'étant rendu chez Adrienne pour lui ordonner de restituer l'esprit de soumis, y a perdu lui-même le peu qui lui restait...

ATHÉNAÏS

C'est admirable!

l'abbé, * r.t Vhistoire dn roadiutenr? à

{^4 ABRIENinS LEGOUYRETJR*

LE PRINCE

n y a une histoire de coadjuteur?

l'abbé.

Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d'une pauvre malade, une jeune dame charmante, lui donna le bras pour descendre les six étages .. et, comme il pleuvait à verse... la força malgré elle à monter dans sa voilure épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant qui?.,, mademoiselle Lecouvreur,

ATHÉMAÏS.

C'était elle!

L*ABBE

De là, le bruit qu'il avait voulu l'enlever...' Le saint homme

était furieux et a juré de lancer sur elle les foudres de TÉglise

« à la première occasion! giussi, qu'elle ne s'avise pas de mourir!

ATHÉNAÏS

Elle n'en a pas envie, je l'espère. (Se levant, ainsi qae la prircesse.)

Ainsi; à demain soir! je m'invite... pour la voir, pour l'entendre...

LA PRINCESSE

Vous viendrez? nous allons, comme vous, adorer mademoiselle Lecouvreur.

ATHÉNAÏS

Adieu, chère princesse, je m'en vais. (Tomle monde la reconduit; elle fait quelques pas poar sortir, s'arrête et revient. A propOS, SaVCZ-VOUS la IIOU-

velle?

LA PRINCESSE

Eh ! mon Dieu non ! je n'ai à moi que l'abbé, qui ne sait jamais rien !

ATHÉNAÏS

Ce jeune étranger au service de France, que, l'hiver dernier, toutes les dames se disputaient.... ce jeune fils du roi de Pologne et de la comtesse de Kœnigsmark...

LA PRINCESSE, avec émotion.

Maurice de Saxe !

ATHÉNAÏS

Est de retour à Paris !

l'abbé.

Permettez, le bruit en a couru, mais cela n'est pas

ATHÉNAÏS

Cela est! je le sais par mon' petit-cousin, Florcstan ae Dcne- Isle, qui l'avait accompagné dans son expédition de Courlande...

Page 1