‹ Théatre de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 84 sur 265 · ACTE i^ SCÈNE n · texte numérisé non relu

ACTE i^ SCÈNE n

ceqai était même bien inquiétant, bien eurayant... (vifemeni.) pour M. le duc d'Aumont, mon mari... et pour moi... mais enfin, il est à Paris depuis ce matin... Je l'ai vu, et il roveuait, m'a-tril dit, avec son jeune général...

LA PRINCESSE

Qui, à ce qu'il paraît, n'avoue pas son retour, l'abbé.

 cause de ses dettes... il en a tant! Il doit seulement, à ma connaissance, soixante-dix mille livres à un Suédois, le comte de Kalkreutz, qui, l'année dernière déjà, aurait pu le faire arrêter et qui y a renoncé, parce que où il n'y a rien...

LE PRINCE

Le roi perd ses droits»

ATHÉNAÎS.

L'abbé ne l'aime pas et lui en veut parce que, Tannée dernière, il lui faisait du tort dans son état de conquérant... jalousie de métier.

L^BBÉ.

C'est ce qui vous trompe, duchesse. Je l'aime beaucoup, car, avec lui, c'est chaque jour une aventure nouvelle, un scandale nouveau, qui rsyeunit mon répertoire... cela vous plaît. Mesdames ^

ATHENAÏS.

Fi, l'abbé!

l'abbé.

Vous aimez Textraordmaire, et chez lui tout est bizarre. D'abord, on l'appelle Arminius! comment peut-on se nommer Arminius?

LE PRINCE

Cest un nom saxon... tous les savants vous le diront.

l'abbé.

Et puis, un autre talisman, il a l'honneur d'être bâtard, bâtard de roi.

LE PRINCE

Cest une chance de succès !

l'abbé.

Cest à cela qu'il doit sa renommée naissante.

Non pas, mais à son courage, à son audace! A treize ans, il se battait à Malplaquet sous le prince Eugène; à quatoizo ans, sous

ISA ADRIENNE LBCOTTYREtR.

Pierre le Grand, à Stralsund... c'est Flor«8tan qui m'a raconté tout cela.

L*ÀBBÉ.

Il a oublié^ j'en suis sûr, son plus bel exploit... au siège de Lille, il a enlevé, il n'avait pas douze ans,., il a enlevé...

ATHÉNAÎS.

Une redoute!

LABBÉ

Non. une jeune fille nommée Rosette.

ATBÉMAÏS, ATM AdttintioAt

 douze ans!

L ABBÉ

Et quand on commence ainsi, vous jugez...

athénaTs.

Eh bien! vous le juget très-mal, car, dans cette dernière expédition, que Ton dit fabuleuse, et où il vient de se faire nommer duc de Courlande, T héritière du trône des czars, la fille de rimpératrice, avait conçu pour lui une affection qui ne tendait rien moins qu'à le faire un jour empereur de Russie. ^

LA PRinCESSC.

Et, sans doute, ébloui d'une conquête aussi brillante, Maurice aura tout employé...

Je l'aurais cru comme vous! Pas du tout, Florestan m'a raconté qu'il n'avait rien fait de ce qu'il fallait pour réussir... au contraire, il a laissé voir franchement à la princesse moscovite qu'il avait au fond du oœur une passion parisienne...

LA PRINCESSE, avec érnoùon.

En vérité!

ATHÉNAÏS

Vous voyez donc bien qu'il ne faut pas toujours croire les abbés... Adieu, princesse.

UN DOMESTIQUE, annonçant.

Monsieur le comte Maurice de Saxe !

ATHÉNAÏS

Ah! il est dit que je ne m'en irai pas aujourd'hui... je reste!

▲OTS t, 8GÈN« m. i9l

SGËNE m.

Les PRÉqiDBNTs, MAURICE.

Salut au souverafn de Gourlandel

Ll PRINCB

Salut au conquérant I

ATHiNAÎS.

Salut au futur empereur!

MAURICE^ CrMMnt,

Eh ! mon Dieu oui, Mesdames, duo sans duché, général sans année, et empereur sans sujets, \oilà ma position!

LG PRINCE.

Les États de Gouriande ne vous ont-ils donc pas choisi pour maître?

HACRICB.

Certainement! nommé par la diète, proclamé par le peuple, j'ai en poche mon diplôme de souverain. Mais la Russie me défendait d'accepter, sous peine du canon moscovite, et mon père, le roi de Pologne, qui craint la guerre avec ses voisins, m^ordonnait de refuser, sous peine de sa colère.

LA PRmCESSB.

Eb bien! qu'avez-vous fait?

MAORice.

J'ai répondu à Timpératrice par un appel aux armes de toute la noblesse courlandaise, et j'ai écrit à mon père qu'avant d'être éla souverain, j'étais officier du roi de France; que dans les armées de Sa Majesté Très-Chrétienne je n'avais pas appris à recaler, et que j'irais en avant.

A merveille!

L*ABBÊ.

n n'y avait rien à répliquer.

MAURICE

Aussi, faute de bonnes raisons, mon père me mit au ban de Tempire, l'impératrice mit ma tète à prix, et son général, le prince Ménzicofif, entra, sans déclaration de guerre, à Mittau, pour m^enlever par surprise dans mon palais, il avait avec lui dix-huit cents Russes, et moi, pas un soldat 1

428 ADRIBNNE LBCOUVRBUR.

L'ABliÉ^ riant.

Il fallut bien se rendre!

MAURICB.

Non pas.

LA PRINCESSE

Vous ayez osé tous défendre ?

MAURICE

A la Charles XII. Ah ! m'écriai-je, comme le roi de Suède, à Bender, en voyant luire autour de mon palais les torches et les fusils : Ah! Tincendie et les balles! cela me va!... Je rassemble quelques gentilshommes français qui m'avaient accompagné^ le brave Florestan de Bclle-Isle.

ATHÉNAÏS^ mement. '

Mon petit^ousin... vous en êtes content^ monsieur le comte?

MAURICE

Très-content^ duchesse, il se bat comme un enragé. Avec lui^ les gens de ma maison, mon secrétaire^ mon cuisinier, six hommes d'écurie... et une jeune marchande couriandaise qui se trouvait là...

l'abbé.

Toujours des femmes! il a une manière de faire la guerre...

MAURICE

Qui vous irait, n'est-ce pas, Tabbé? Nous étions en tout soixante f

LE PRINCE

Un contre vingt !

MAURICE

Ne craignez rien, la diffërtnce diminuera bientôt. Les portes bien barricadées avec tous les meubles dorés du palais... j(^ place mes gens aux fenêtres avec leurs mousquets et ma jeune marchande avec une chaudière...

l'abbé.

Vous l'aviez enrégimentée aussi ?

MAURICE

Sans doute. Un feu de mousqueterie dont tous les coups portaient dans la masse des assiégeants qui, après une perte de cent vingt hommes, se décidèrent enfin à l'assaut... c'est laque je les attendais; sous le pavillon de droite, le seul où l'escalade fût possible, j'avais placé moi-même deux barils de poudre, et au moment où trois cents Cosaques^ qui l'avaient envahi, hurlaient

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