ACTE 11^ SCÈNE II
]ioiiplo, c'est nous qui le souti'noiis contre Henri do Sainî-Jeaii et le parti de roppositioii, au riscjue d'y perdre notre popularité, et plus tard notre pouvoir. Voilà ce que nous faisons pour notre souveraine; étoile, loin de nous seconder, entretient pendant ce temps des correspondances secrètes avec nos advtirsairos déclarés; et c'est pour eux enfin qu'elle nous abandonne et nous trahit...
LA REINE, à part, avec impatiente.
Encore une scène de plaintes et de jalousie... en voilà pour toute la journée. (Haut.) Eh ! non, duchesse... tout cela n'existe que dans votre imagination, qui exagère tout. Cette correspondance n'a rien de politique, et ce qu'elle renferme est d'une nature telle..,
LA DUCHESSE
Que Votre Majesté craiiil de me la montrer...
LA REINE, avec impatience.
Par égard pour vous, (La lui donnant.) car elle contient des faits que vous ne pouvez nier.
LA DLCUESSE, parcourant la lettre
N'est-ce que cela? l'attaque est peu redoutable.
LA REINE
Ne vous étes-vous pas opposée à l'admission d'Abigaïl ?
LA DUCHESSE
Et c'est ce que je ferai encore de tout mon crédit auprès de Votre Majesté.
LA REINE
Il n'est donc pas vrai, comme on l'assure, qu'elle est votre cousine?...
LA DUCHESSE
Si, Madame... j'en conviens, je l'avoue hautement: c'est pour cela mémo que je n'ai point voulu la placer auprès de vous. On m'accuse depuis si longtemps, moi suriiitendante de votre maison de donner tous les emplois à mes amis, à mes parents, à mes créatures; do n'entourer Votre Majesté que de ma famille ou de gens de ma dévotion... Nommer Abigaïl serait donner contre moi un prétexte de plus à la calomnie; et Vutre Majesté est ■trop juste et trop généreuse pour ne pas me comprendre.
LA REINE, avec embarras et à moitié conv.iiricue.
Oui coriaùicment... je comprends bien .. mais j'aurais voulu cependant que cette pauvre Abigaïl, ..
131 LE VERRE d'eau.
LA DUCHESSï.
Ah! soyez tranquille sur son sort; je lui trouverai loin de vous, loin de Londres, une position brillante et honorable. C'est ma cousine, c'est ma parente.
LA REINE
A la bonne heure... ^
LA DUCHESSE
Et puis d'ailleurs l'intérêt que Votre Majesté daigne lui porter... Je suis si heureuse quand je puis prévenir ou deviner ses intentions... C'est comme ce jeune homme... cet enseigne dans ses gardes, que l'autre jour Votre Majesté avait eu l'air de me recommander.
LA REINE
Moi?... qui donc?...
LA DUCHESSE
Le petit Masham, dont elle m'avait fait l'éloge.
LA REINE, avec un peu d'émolion.
Oui, c'est \ra.\, un jeune militaire qui, tous les matins, me lit le Journal des Modes.
LA DUCHESSE
J'ai trouvé moyen de le faire passer officier aux gardes. Une occasion admirable, dont personne ne se doutait, pas même lo maréchal, qui a signé presque sans le savoir... et ce matin le nouveau capitaine viendra remercier Votre Majesté.
LA REINE, avec joie.
Ah!,., il viendra!
LA DUCHESSE
Je l'ai mis sur la liste d'audience.
C'est bien ! je le recevrai. Mais si les journaux de l'opposition Client à l'injustice, à la faveur...
LA DUCHESSE
C'est le maréchal... ça le regarde... ce n'est plus un emploi dans votre maison.
LA REINE, allant s'asseoir près de la table à gauche.
C'est juste!
LA DUCHESSE
Vous voyez bien que, quand cela est possible, je suis la première à vous seconder.
LA REINE, assise) et se tournant Ters elle.
Vous ètGS si bonne!