ACTE ï, SCÈNE VII
EMMERIC.
Et qu'a dit M. Clérambcau?
M. DE SAINT-GÉRAN
Ce qu'il a dit? il y a mis de la franchise^ il a refusé net...
EMMERIC.
Ociel!...
M. DE SAINT-GÉRAN
Et m'a même prié assez brutalement, moi l'ancien ami de la famille, moi, le parrain de sa fille, de ne pas insister sur ce chapitre.
HECTOR
Diable ! j'avoue que je m'en serais allé.
M. DE SAINT-GÉRAIS.
Moi ! je suis resté, et voici ce que j'ai répondu :« monsieur Clérambeau... vous rappelez-vous ce jour où vous aviez eu en mer trois bâtiments marchands capturés par les Anglais... ce jour où la maison Clérambeau junior de Bordeaux allait faire faillite et déposer son bilan... ce jour enfin où, renfermé dans son cabinet, un négociant honorable... voulait ne pas survivre à sa honte et allait se faire sauter la cervelle... quand on frappa à sa porte en lui criant que ses trois bâtiments étaient en rade, ramenés par le capitaine Saint-Géran... Je le vois encore... descendre son escalier. . se jeter dans mes bras en me disant : « Monsieur, tout ce que je possède, tous mes biens sont à -vous... » « Je refusai alors , j'accepte aujourd'hui... et de tous vos biens... je vous demande le qlus précieux... votre fille ! Me la refuserez-vous?...
EMMERIC ET HECTOR.
Eh bien?...
M. DE SAINT-GÉRAN
Eh bien!... c'était une lettre de change que je lui présentais!... un effet à longue échéance... qui arrivait enfin à remboursement... et quelque durs qu'ils soient, ces vieux négociants ont tellement l'habitude de faire honneur à leur signature, qu'il m'a jeté sa fille en me disant : « La voilà! payezvous. »
EMMERIC.
Ah ! Monsieur... ah ! mon sauveur !...
M. DE SAINT-GÉRAN
A deux conditions, pourtant... Ne vous effrayez pas... La première, car les ni'gociants ont aussi d'autre ambition que celle de l'argent... La première est que son gendre... n'ayant
pas de fortune, ait au moins quelque titre... quelque distinction... (Viïemcni.) H Y a droit autant et plus qu'un autre, et cela nous regarde. Quant à la seconde condition, elle est plus facile encore...
EMMERIC ET HECTOR.
Quelle est-elle ?
M. DE SAINT-GÉRAN
« Quoique ami des mœurs, ra'a-t-il dit, je ne suis pas d'un ri- « gnrisme assez ridicule pour exiger que mon gendre ait été « jusqu'ici un modèle de raison et de sagesse... je pardonne- « rais même quelques-unes de ces folies de jeunesse... erreurs « éphémères qui n'ont point de lendemain et passent sans « retour...
HECTOR
L'excellent père!
M. DE SAINT-GÉRAN
« Mais ne voulant exposer à aucune chance le honheur de 0 ma fille, je ne veux pas d'attachement réel et sérieux qui « survive au présent et compromette l'avenir... »
EMMERIC, à pirl.
OcieU...
M. DE SAINT-GÉRAN
« Donnez-moi, a-t-il ajouté, votre parole et la sienne qu'aucun « danger pareil n'existe... et je consens à l'instant...
EMMERIC.
Monsieur!...
M. DE SAINT-GÉRAN, souriant.
Je lui ai juré que je ne vous connaissais aucun attachement de ce genre... et vous-même .. Eh bien! vous vous troublez!..
EMMERIC, troublé.
C'est que...
M. DE SAINf-GÉRAN.
Eh bien?...
HECTOR
Cest que justement... il est engagé depuis longtemps dans des liens...
EMMERIC, vÎTement, à JI. de Saint-Géraii,
Que je romprai, je vous le jure. Dès aujourd'hui, tout sera fini entre nous, et sans retour.,.
HECTOR
A la bonne heurel... c'est bien facile...