‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 203 sur 330 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

LOUlSL, assise 'i la gauche du théâlre, devant une table, une broderie à la main et ne Iravaillaiit pis ; M. DE SAINT-GÉRAN, entrant par la porte du fond.

LOUISE^ se retournant.

Vous, Monsieur, d'aussi bonne heure!... Qui s'y serait attendu? Et ce discours que vous deviez prononcer à la Chambre des pairs?...

M. DE SAirST-GÉRAN.

La séance est remise... je viens de l'apprendre au Palais!...

LOUISE

Vous allez au Palais?

M. DE SAlNT-GÉRAN.

Quand on a des procès et des avoués... et j'en ai un charmant.

LOUISE

Un procès?

M. DE SAINT-GÉRAN

Non, un avoué.

LOUISE

C'est tout comme!

M. DE SAINT-GÉRAN

Je lui ai expliqué en route la succession de votre oncle...

LOUISE

Ce n'est pas facile î

238 DNE CHAINE.

M. DE SAINT-GÉRAN

C'est vrai! et il m'a compris sur-le-champ... et mieux que moi-même... C/est un habile homme!... Il viendra ici en sortant du Palais, où je l'ai conduit... et j'allais me rendre au Luxembourg... quand j'ai rencontré dans la salle des Pas- Perdus... le vicomte de Beaugé, mon collègue!

LOUISE

Ah ! le vicomte plaide aussi !

M. DE SATNT-GÉRAN.

Contre sa femme!... Il venait de gagner en séparation... C'est lui qui m'a appris qu'il n'y avait pas de séance à la Chambre... et qu'il n'entendrait pas mon discours... Il était dans son jour de bonheur...

LOUISE

Mais vous, Monsieur, qui deviez parler... cette nouvelle vous a contrarié ?

M. DE SAINT-GÉRAN

Pas dans ce moment!... puisque je vous trouve seule... ce qui est bien rare pour moi !...

LOUISE

Et fort ennuyeux !

M. DE SAINT-GERANj allant prendre une cliaise, et s'assejant près de Louise.

Du tout... Au lieu de parler, j'écouterai... c'est tout bénéfice.

LOUISE, se retournant vers lui.

Savez-vous, Monsieur, que vous devenez très-aimable et trèsgalant?

M. DE SAlNT-GÉRAN, souriant.

Et savez-vous, Madame, depuis quelle époque?

LOUISE

Je ne suis pas forte sur les dates.

M. DE SAINT-GÉRAN

Ce qui veut dire que vous n'avez pas remarqué... Eh bien ! c'est, je crois, depuis que vous êtes devenue coquette! Cela vous étonne?

LOUISE

Non, vraiment!... car, grâce au ciel, cela produit presque toujours cot olTet-là... Pendant les trois premières années de mon mariage, quand je vivais dans mon hôtel, seule et retirée... ne voyant personne, attendant mon mari qui ne venait pas... et

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