ACTE TI, SCÈNE I
pensant à lui qui ne pensait guère à moi, séduit comme il était par des charmes plus puissants...
M. DE SAINT-GRRAN.
Comment, Madame?...
LOUISE, avec ironie.
Les charmes de la gloire! Alors, pauvre femme négligée et oubliée, ensevelie vivante à vingt ans, nul ne troublait le silence et le calme du mausolée... je veux dire de mou ménage... et vous-même, faisant comme tout le monde, nesembliez pas vous douter de mon existence... Mais aujourd'hui qu'il paraît prouvé que j'existe, aujourd'hui que tout le monde me rechcrclic, que les hommages m'entourent et que j'ai voulu devenir à la mode, non par goût, mais par lassitude de ne rien être; aujourd'hui. Monsieur, le bruit qui se faisait autour de vous vous a réveillé... Vous avez, par impatience ou par curiosité, levé les yeux vers celle que chacun regardait... et il s'est trouvé que c'était votre femme... Rencontre inattendue... enchantement de votre part et surtout de la mienne... à moi qui ne pouvais manquer d'être bien sensible à un effet aussi tendre du hasard !
M. DE SA11NT-GÉRAIS
Très-bien! égayez-vous à mes dépens!... vous avez raison... Mais que voulez-vous? occupé autrefois d'idées qui m'absorbaient tout entier... des idées d'ambition... de renommée, de fortune...
LOUISE
D'autres encore...
C'est possible ! mais le temps, la réflexion, celles que j'ai faites... il y a deux ans, à la suite de cette blessure dont j'ai pensé mourir... je le eroyais du moins comme tout le monde, car les journaux même l'avaient imprimé d'avance...
LOUISE
C'est vrai !
M. DE SAINT-GÉRAN
Et dès-lors... je me suis promis... Tenez, Madame, il faudra que je fasse preuve de franchise et que je vous avoue tous mes torts, tous mes défauts... un jour... où...
LOUISE, souriant.
OÙ nous aurons beaucoup de temps devant nous!.,.
M. DE SAINT-GÉRAN, souriant.
Oui, sans doute... pour que nous puissions aussi parler des vôtres !
LOUISE
J'en ai donc ?
M. DE SAINT-GÉRAN, secouant la lêle.
Eh! mais...
LOUISE, mement.
Lesquels? Parlez... (Voyant qu'il hésite.) Un seul!
M. DE SAINT-GÉRAN
Vous me mettez dans un grand embarras...
LOUISE, triomphante.
Vous voyez bien!...
M. DE SAINT-GÉRAN, souriant.
L'embarras du choix...
LOUISE
Comment, Monsieur!...
M. DE SAINT-GÉR.'^N
D'abord, vous êtes fière, mais l'orgueil vous sied si bien... et vous avez tant de droits d'en avoir qu'on n'oserait vous en blâmer. . ensuite...
LOUISE
Ah! il y a un ensuite!...
M. DE SAINT-GÉRAN
Oui, Madame... Vous pardonnez difficilement une offense... Je ne vous en fais pas un reproche... car, moi aussi, je serais comme vous... Les torts de ceux que j'aime me trouveraient peut-èlre inflexible et implacable... mais ces torts, si je les connaissais ou si je les soupçonnais, je voudrais franchement les leur déclarer... La franchise avant tout... et je trouve... c'est là mon reproche le plus grave... que parfois vous en manquez...
LOUISE, se levant.
Ah ! ne parlez pas ainsi... car à l'instant même je vous dirais...
M. DE SAINT-GÉRAN
Quoi donc?...
LOUISE
Ce que vingt fois... j'ai été tentée de vous avouer, et dans ce moment encore...
M. DE S.VINT-GÉRAN
Eh bien! vous nV)sez achever... Vous tremblez,., je crois!