ACTE II. Sr.KNF. I
LOUISE
Non, Monsieur, non... mais vous n'avez jamais su quelle nobhj affection je vous portais ! Quand on me parla, à moi jeune fille de dix-huit ans, d'épouser un liomme presque sans fortune, qui avait plus du double de mon âge... on crut que je refuserais, et j'acceptai, car c'était un homme de mérite et de cœur dont je savais depuis longtemps la vie entière,.. Oui, Monsieur, aussi bien et mieux que vous, j'aurais dit les conbats auxquels vous aviez assisté, vos exploits, vos blessures... J'étais heureuse d'offrir un riche héritage à celui qui m'apportait ce patrimoine de gloire... j'étais fière de vous, fière de porter votre nom... et, à mon âge, une pareille exaltation serait aisément devenue de l'amour. Vous aviez peu à faire pour gagner ce cœur qui volait au devant du vôtre... vous ne l'avez pas voulu... J'ignore alors quelle barrière s'élevait entre nous...
M. DE SAINT-GÉRAN, troublé.
Et jamais jusqu'ici le moindre reproche!...
LOUISE
Ah! Monsieur!... des plaintes !... des l'cproches, de la jalousie !... Moi, à qui vous accordez quelijue orgueil!... j'ai gardé le silence... L'amour-propre, la fierté que vous me reprochiez tout à l'heure, m'ont donné la force de combattre et de vaincre... et quand plus tard vous êtes revenu à moi... un nouvel obstacle plus grand encore nous séparait... le souvenir du passé et mon indifférence... M'accuserez-vous encore de manquer de franchise?...
M. DE SAlNT-GÉRAN, avec rraDchise.
Non, Madame. Tout cela est vrai, et ce récit qui devrait m'ôter l'espoir et le courage, ne me laisse qu'un désir... celui de l'éparer mes torts, et par mes soins, par ma tendresse, par un dévouement de tous les instants... de reconquérir... ce cœur que j'ai perdu... de le tenter du moins. Vous ne pouvez m'en empêcher...
LOUISE
Non, sans doute.
M. DE SAlNT-GÉRAN.
Quoique votre mari, je puis comme un autre aspirera vous plaire, j'y aurai plus de mérite... car c'est plus difficile... Par malheur, le temps et les occasions vont me manquer... on me donne un nouveau commandement, et sous qeu de jours il me faudra appareiller pour les Antilles.
T. Il, 14
LOUISE^ ïivement.
Vous partez?...
M, DE SAINT-GÉRAN
Une belle occasion de faire connaissance avec vos propriétés de la Martinique... avec ce beau pays où depuis longtemps vous êtes attendue, et où le procès qu'on nous intente pour la succession de votre oncle nécessiterait peut-être votre présence... Je ne vous parle pas du plaisir que j'ai^rais à vous avoir sur mon vaisseau, où vous commanderiez en souveraine... Pour entreprendre un pareil voyage, il faudrait aimer... et vous, Madame !...
LOUISE
Moi... je n'aime pas la mer... vous le savez!
M. DE SAIOT-GÉRAN.
Vous êtes bien bonne de ne pas dire mieux... et je vous en remercie... Mais dans votre désir de rester à Paris, n'y a-t-il pas quelque autre motif?
LOUISE, avec émotion.
Que voulez-vous dire?
M. DE SAI?(T-GÉRAN
Pardon, à mon tour, de ma franchise... Ce désir de plaire et de briller dont vous ne vous défendez point, amène sur vos pas une foule d'adorateurs dont vous souffrez les hommages. Je vous connais, Louise, et jamais un soupçon sérieux n'est entré dans mon âme... Mais votre jeunesse, mes fréquents voyages, votre position, vos succès dans le monde, ont pu éveiller l'envie ou froisser la vanité !... il est si facile à un fat de compromettre la plus honnête femme du monde !... Déjà, et vous savez que je suis peu endurant... il m'a semble que quelques allusions indirectes, quelques railleries de salon m'étaient adressées par deux ou trois vieilles douairières... c'est toujours par elles que cela commence... J'ai regardé alors autour de moi, et il m'a semblé...
LOUISE
Quoi donc?... Monsieur.
M. DE SATNT-GÉRAN.
Vous êtes émue?
LOUISE
Non pas émue, mais curieuse de savoir...
M. DE SAINT-GÉRAN
Ce que je sais... Eh bien! il me semble que votre jeime cousin... le vicomte de Langeac...