ACTE I, SCÈNE II
ABOULFARIS.
Est-il possible!
LE PRINCE
OÙ, s'ignorant elle-même, elle exerçait, sous le nom de Gulnare...
ABOULFARIS.
Ciel!...
LE PRINCE
La profession obscure de lavandière!
ABOULFARIS, à part.
Gulnare!...
LE PRINCE
Qu'as-tu donc?... D'où vient ce trouble?
ABOULFARIS.
L'étonnement... la stupéfaction... d'une rencontre... je veux dire... d'un coup du sort... aussi... foudroyant.
LE PRINCE
Tu as bien raison, car ce n'est rien encore!... Je lui avais à l'instant envoyé une escorte magnifique et nombreuse, et, résolu d'aller moi-même à sa rencontre, j'étais déjà à deux marchés de Delhy, ma capitale, lorsqu'en traversant la vallée de Cachemire, que j'ai parcourue vingt fois, j'aperçois une pagode et des jardins délicieux, qui jamais n'avaient trappe mes regards ! . . .
ABOULFARIS.
Ceux-ci!... des massifs... des forêts de fleurs... c'est merveilleux !
LE PRINCE
Moins encore que la reine de ces fleurs!... la fée qui habite ces jardins magnifiques!... Et si tu savais dans quelle situation je me trouve...
ABOULFARIS.
Parlez! Votre Hautesse n'a-t-elle pas en moi, auprès d'elle, son conseil tout entier?
J'avais fait remettre à la princesse, ma cousine, mon portrait... dont la vue seule, le croirais-tu... a fait naître une passion...
ABOULFARIS, à paît.
La perfide!
LE PRINCE
Qui ne finira qu'avec elle... elle me l'a écrit!
ABOLl.FARIS, à part.
Juste ce qu'elle me disait de vive voix!
LE PRINCE
Et lorsque, me conformant aux ordres de mon père, je lui ai offert ma main, lorsque j'ai déjà fait publier ce nuniage par tout le royaume... voilà que cette jeune fille, que j'ai aperçue dans ces bosquets de lleurs, me retient comme fasciné par sa vue!
ABOULFARIS.
En vérité !
LE PRINCE
ROMANCE
PREMIER COUPLET
Oui, chaque jour je viens l'attendre En ce séjour délicieux î Mais quand son cœur semble se rendre.
Elle m'échappe, hélas! et fuit loin de mes yeux! Reine des fleurs, iVaiche comme elles, Ange du ciel, apaise-toi!
Ah! ne va pas ouvrir tes ailes, Reste eucor, reste auprès de moil
DEUXIÈME COUPLET
A ses genoux, hier encore.
Avec amour je l'implorais !
Quand sa voix, sa voix que j'adore.
M'a banni do sa vue; et moi je lui disais :
Reine des fleurs, fraîche comme elles, Ange du ciel, apaise-toi!
Ah! ne va pas ouvrir tes ailes; Reste encor, reste auprès de moi !
J'ignore donc si j'ai pu toucher son cœur... mais moi, c'est de l'amour, c'est du délire!.. Tandis que pour ma cousine, pour la sultanCj je ne ressens là qu'une complète indifiérence !
ABOULPARIS.
Elle n'est pourtant pas mal !
LE PRINCE
Qui te l'a dit?
AHOl'LFARIS, tremblant.
"Vous-même, lout à rhouro , magnanime sultan...