SCÈNE VII
OSCAR seul, imisLUCILE.
Oscar rentre essoufflé, sans chapeau, en désordre, et se laisse tomber d«n« un fauteuil.
OSCAR
Ouf! je n'en puis plus!... Et me voilà encore dans cette maudite pièce. Cette maison est une caverne, un labyrinthe. Pour en sortir il me faudrait le fil d'Ariane, (n
aperçoit Lucile qui entre.) TlcnS ! VOici Ariane. L U CI L E.
Vous êtes encore ici !
OSCAR
Ce n'est pas ma faute. Je vous jure, mademoiselle, que je voudrais bien être ailleurs.
LUCILE
Ce n'est pas très-aimable pour moi, ce que vou s dites-là.
OSCAR
Ce n'est pas à cause de vous ! Figurez-vous que j'ai rencontré ici une affreuse créole qui prétend m'épouser malgré moi. J'ai eu beau lui dire que j'étais vieux, laid, ruiné, malade...
LUCILE
Comment, monsieu-r, vous jouissez de tous ces avantages !
Ah ! par exemple, mademoiselle, pourriez-vous croire...? Regardez-moi. C'était pour effaroucher celte femme enragée ; mais rien n'y a fait, hélas ! A tout ce que je lui disais, elle répondait : « Et moi donc, cherOscar. J'en suis enchantée, mon ami... » Tiens, que je suis sot ! J'aurais dû lui dire que j'étais marié. C'est une idée, cela, une bonne idée; et, si vous le vouliez^ ce serait bientôt une vérité. Vous riez de mes malheurs, mademoiselle... Ah! ça n'est pas bien.
LUCILE
Je ris de la facilité avec laquelle vous m'offrez votre
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inaiii, comme on offre une prise de tabac; car, en réalité, ju n'ai pas envie de rire. Figurez-vous que je me trouve dans une situation qui n'est pas sans analogie avec la vôtre. Moi aussi on veut me marier avec un cousin, que je connais à peine et qui me paraît... un peu fou.
OSCAR
Il doit l'être tout à fait. Refusez-le, mademoiselle, rofusez-le. Je suis sûr, en outre, qu'il est très-laid.
LUC ILE, souriant en regardant Oscar.
Mais non, il n'est pas très-laid.
OSCAR
Alors il doit être très-méchant.
LUC ILE
Il n'en a pas l'air.
OSCAR
A moins qu'il ne soit très-bête.
LUCI LE
Je ne le crois pas... Du reste, je vais vous faire son portrait en quelques mots. C'est un étourdi qui se lance dans les aventures les plus extravagantes, ne se sert d,c sonespril que pour faire des sottises, gaspille sans but sa jeunesse, se donne beaucoup de peine pour chercher le plaisir, et oublie le bonheur qui l'attend à son foyer.
OSCAU.
Il me semble que je connais cet animal-là.
Pour achever de peindre cet original, imaginez que, me rencontrant par hasard, il me fait la cour aussitôt, et m'offre son cœur et sa main sans même savoir mon nom, sans s'informer de ma famille ni de ma position , après avoir refusé obstinément de me voir, il y a un an, quand sa mère voulait me le faire épouser... Y êtes- vous, mon cousin ?
OSCAR
Quoi ! ce serait.... c'est.. Ah ! ma cousine, pardonnez moi et permettez-moi de vous dire que votre portrait est un anachronisme. Il était ressemblant l'an dernier, la semaine dernière, si vous voulez ; mais aujourd'hui il ne ressemble plus du tout. Ce... jeune homme a reconnu ses erreurs ; il n'aspire qu'à les réparer et à devenir le modèle des maris. Ne soyez pas surprise de cette subite métamorphose : c'est un ange qui l'a opérée. Les anges font des miracles.
LUCILE
Je doute que votre portrait soif aussi ressemblant que le mien.
Ressemblant ! ma cousine : c'est une photographie , sans retouche et inaltérable !
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LUCILE
Inaltérable ! Je voudrais le croire...
OSCAR
Je le garantis pour cent ans.
11 tombe aux pieds de Lucile. Monsieur et madame Croustillac entrent.