SCÈNE V
Les Précédents, GARLITA.
CARLITA.
Restez, monsieur Dubarle, je vous en prie. En venant seule ici, je fais une démarche imprudente que le monde condamne. Je désire vous avoir pour témoin... Raymond, je viens vous rendre votre parole et reprendre la mienne. Je viens vous dire un éternel adieu.
RAYMOND
Eternel !
CARLITA.
Oui, un éternel adieu. Il le faut, hélas ! Nos projets, nos promesses, tout a été brisé par un coup de toudre... Je ne vous fais pas de reproches. Je vous connais assez pour savoir que vous n'avez pas agi sans motifs impérieux. Ce que vous avez fait, de cruels préjugés vous l'ordonnaient... peut-être. Je ne vous accuse pas ; je n'accuse que le sort cruel qui nous frappe tous. Nous étions si heureux... Oh ! Raymond, quel beau rêve j'avais fait ! Groyez-moi.
j'ai besoin de courage, aussi bien que vous, pour y renoncer et accepter la nouvelle destinée qui m'est tracée par mon devoir.
RAYMOND
Mais ce bonheur, Garlita, il peut encore nous appartenir. Pas maintenant, oh ! non, pas maintenant ; mais plus tard, beaucoup plus tard. Ne prenez pas aujourd'hui, dans la première exaltation de la douleur, ces résolutions inexorables dont le temps condamne trop tard la funeste précipitalioD. Le temps, Garlita, c'est le grand juge de toutes choses. Laissez-le prononcer sur notre sort. C'est le grand médecin do toutes les douleurs. Il calme tout, guérit tout, arrange tout. La vie est longue, Garlita, et la terre grande. Plus tard, dans un autre pays, qui ne nous rappellera rien de ce passé funeste, nos cœurs régénérés pourront peut-être recommencer un autre rêve de bonheur.
CARLITA.
Non, Raymond, jamais. Ne vous leurrez pas de cette illusion. Je vous ai laissé voir mes regrets et mes larmes, parce que ma résolution est irrévocable. Ce n'est pas une douleur aveugle qui l'a dictée. G'est ma conscience et mon devoir. Notre union serait un sacrilège. Jamais je ne pourrais serrer votre main sans remords. El ma mère, avez-vous oublié qu'elle n'a plus de tils, que je dois lui consacrer ma vie tout entière, et que jamais elle ne pourra voir sans horreur celui...
RAYMOND, sanglotnnt.
0 Garlita! Garlita!
Ne rendez pas mon sacrifice plus pénible... Adieu, Raymond, adieu!
RAYMOND
Je ne vous verrai plus?