SCÈNE VI
RAYMOND, seul.
Jamais! je ne la verrai plus... jamais!... Ma vie est brisée. En vérité, je me demande comment je pourrais vivre encore. Sans but, sans espoir, poursuivi par le souvenir du bonheur perdu, mécontent des autres et de moi-
môme, irascible, ulcéré, que puis-je devenir? J'userai lentement ce qui me reste de force et de j(>unesse à ronger mon cœur dans la solitude. Mieux vaudrait que tout fût fini... Ce matin, dans cette loterie sanglante du duel, pourquoi le sort n'a-t-il pas interverti nos rôles! Je serais maintenant sans remords, sans souffrance. On me plaindrait. Mon sort ferait couler des larmes précieuses ! Heureuse destinée, mille fois heureuse, comparée à celle qui m'attend!... Mais, ce sort que j'envie, il est en ma puissance... J'ai là, sous la main, le remède de tous les maux... Qui pourrait m'empêcher d'y recourir? Voyons... Sans Carlita, sans amour, l'existence ne serait plus pour moi qu'un long supplice. J'ai à choisir entre le repos et la souffrance... Le repos, oui ! le repos... Cette arme, qui a fait le mal, va le réparer, (n charge un pistolet.) Mon testament est fait... Je ne suis nécessaire à personne...
Rien ne peut me retenir, (n s'avance sur le devant de la scène.)
Ah ! monde maudit, monde inconséquent et barbare, qui obliges les frères à s'égorger sur les champs de bataille ou à s'enlre-tuer en champ clos, je vais briser ta chaîne avec bonheur... J'ai obéi à ta loi, je m'en punis!...