‹ Théâtre de familleChapitre 53 sur 104 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

IIOKACE, puis BAPTISTE.

HORACE, seul.

Qu'elle est charmante et bonne.! Ai-je été assez sot avec ellel slupide, ingrat, grossier! Toute autre femme, à sa place, m'eût envoyé au diable, peut-être même battu ; et elle ne m'adresse pas le plus léger reproche. C'est une femme rare, un caractère angélique... Oui, mais le mariage est une cbaine bien lourde... S'il y avait moyen, sans mariage... Ah ! fi ! je déraisonne. Le fait est que je me trouve dans un terrible embarras. Et dire qu'il n'y a pas moyen de reculer; qu'il faut ici, sans tergiverser, en dernier ressort, sur un sujet si grave, prendre une réso-

lution irrévocable... Irrévocable! un mol qui m'est antipathique. Voilà la situation que je redoute le plus. Et j'y suis acculé ! (ii consulte sa montre.) Bou ! je n'ai plus qu'un quart d'heure pour réfléchir. Baptiste ! (ii sonne.) Baptiste! Il ne viendra pas, et l'heure s'écoule 1... Baptiste !

BAPTISTE, arrivant.

Monsieur ?

HORACE

Porte ma malle au chemin de fer.

BAPTISTI-:.

Monsieur pari ?

HORACE

Oui, probablement. Va toujours en avant... Je verrai.

BAPTISTE

Alors, monsieur me suit?

HORACE

Peut-être... Pars, laisse-moi. Je réfléchis.

Baptiste sort.

HORACE, seul.

Quelle terrible alternative ! Si je pars, c'est fini pour toujours. Je la connais : elle a de la tôle, elle ne revien-

L'iNDi'.(;is i-n

dra pas sur sa doterraination... Si je losle..., me voilà lié pour la vie... Pour la vie, c'est trop long ! (iifait quelques pas vers la porte et s'arrête.) Abandonner tant de grâces, de charmes et de vertus ! Et pourquoi ? L'indépendance vaut-elle le bonheur? Dans quelques années, j'aurai peut-être des regrets bien amers!... Mais des liens indissolubles ! indissolubles ! Et si demain je me repens... Allons, je pars, je pars; oui, bien décidément, je pars... (n revient en ayant et s'assoit.) Quelle douce voix, et quels yeux ! La douceur, ['intelligence, la tendresse y brillent tour à tour, et même une petite pointe de malice qui leur prête un nouveau charme. C'est une femme ravissante !... Elle m'aime... Et il faut la quitter ! J'ai besoin de courage... Pauvre petit bouquet qu'elle a porté, si je ne la revois plus, tu me

parleras d elle... (ll embrasse le bouquet. Trois heures sonnent à la

pendule.) Grand Dieu! trois Iteures ! celte pendule avance! Je me sauve. Et mon chapeau! où donc est mon chapeau?

(n s'élance Ters la porte fl rencontre madame de Verneuil et A'alontine.

A part.) Il est trop tard. Le sort en est jeté ! Eh bien, ma foi, tant mieux !

Page 1