MADAME DE SALDORF, ANTOINETTE
Ellei entrent pnr l'autre porte.
MADAME DE SALDOIIF.
Oui, Antoinette, c'est un voyageur qui a connu ton père, qui a été son compagnon dans le malheur. Avant de
LE RETOUli D'ULYSSE 155
partir, il voudrait embrasser la fille de son ami... Tiens, je le croyais ici. Il va revenir.
ANTOINETTE
Est-ce que c'est le voyageur de ce matin ?
MADAME DE SALDUUF.
Oui.
ANTOINETTE
Oh ! alors, chère mère, je crains bien que tu n'aies affaire à un fou. Figure-toi que ce matin, il m'a appelée Mathilde, avec des gestes et une voix de mélodrame.
MADAME DE SALDORF.
Il t'a appelée Mathilde. .., c'est étrange !
ANTOINETTE
Et puis il m'a demandé si, depuis vingt-cinq ans, je l'avais complètement oublié.
MADAME DE SALDORF.
Depuis vingt-cinq ans !... De plus en plus étrange !
ANTOINETTE
Et si tu avais vu quels yeux il me faisait. Bien m'a pris de n'être pas peureuse.
MADAME DE SALDORF.
Oli ! tais-t ji; ne ris pas : ce serait peut-être un crime. Sais-tu qu'il y a vin^t-cinq ans, il existait une jeune fille nommée Mathilde dont lu es aujourd'hui le portrait vivant? Dans ta jeunesse, dans ta beauté, cet homme a cru me reconnaître, cet homme qui ne m'a jamais vue!... Quel soupçon !... (;'est impossible. Quelque chose m'eût dit que c'était lui... Et pourtant, cette voix qui me faisait tressaillir, ces yeux qui semblaient vouloir lire au fond de mon âme...
ANTOINETTK.
Qu'as-lu donc? comme tu es émue!