‹ Théâtre de familleChapitre 78 sur 104 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

DOR VAL, puis HENRI, puis MADAME DE NÉRÎS. ; puis JUSTINE. ;

DOR VAL, seul. i

Ah ! nous avons aussi nos petites colères I

H ENRI, rentrant.

Enfin, nous allons dîner !

DORVAL

J'en accepte l'augure.

MADAME DE N'ÉRIS, entrant une lettre à la main.

Henri, une lettre de ma mère."

HENRI

Voyons, (a Dortai.) Tu permets? (Li«ant.) « Mon cher ami, » j'ai obtenu pour vous une invitation aux soirées du duc » de Caniors. Montrez-vous chez lui ce soir, c'est indispen- )' sable. Je recommande très-spécialement cet article à » votre petite femme. »

UADAM E DE NKRIS.

Il faut tout de suite prévenir Julien de nou.5 envoyer la voiture une heure plus tôt.

DORVAL

Tu vas aller chez le duc de jCainors?

HENRI

Pourquoi pas?

Tu vas faire la cour à ce vieux puiitin politique qui

a trahi tous les partis, et qui a montré tant d'impudeurj dans sa dernière palinodie ?

HENRI. i

D'abord, mon cher, on peut aller chez les gens sans leur ! faire la cour. Et puis, je ne vois pas qu'il y ait un si grand ; crime à changer d'opinion. Tout change autour de nous. : Il n'y a que les sots qui ne le voient pas et les entêtés qui ne l'avouent pas. Quand on s'aperçoit qu'on a fait ! fausse route, il y a un certain courage à l'avouer haute- ; ment. '

D'accord, mais encore faut-il que cet aveu, pour être ! honorable, ne trouve pas immédiatement, dans un avan- : tage pécuniaire, l'indice du motif qui l'a dicté. Parbleu ! ; jo te l'ai cent fois entendu dire. Toute conversion est ' odieuse quand elle n'est pas modeste et profondément ; désintéressée!. Lorsqu'on change de drapeau, il faut renoncer aux honneurs, et se faire simple soldat. C'est la ■ seule manière de prouver qu'on n'est pas un traître ou un = mercenaire. ;

Ma foi, si j'ai dit cela, il ne m'en souvient guère. Au- ! jourd'hui, vois-tu, je ne m'occupe plus de ces subtilités. • Je n'ai plus qu'une opinion, celle de tous les pères de fa- î mille, la tranquillité et les rentes payées. i

DDR VAL. I

C'est-à-dire qu'en politique, tu as remplacé des convie- 1 tiens par des intérêts ; je ne t'en félicite pas.

HENRI

Bah!... ïii verras loi-mème, quand tu seras marié.

MADA.A[E DE NÉ RIS

Messieurs, de grâce, ne parlez pas politique. C'est pour moi une langue inconnue.

Cette question, madame, est du domaine de la morale, une langue que vous parlez très-bien.

.M A n A .Ai E DE N K R l S.

Allons plutôt dîner.

.lUST INE, entrant.

Le coiffeur de madame.

MADAME DE NÉRIS

Oh! le coiffeur, c'est sacré. Ne vous impatientez pas. Quelques instants me suffiront ; et pour vous donner de la patience, je vais vous envoyer du vin de Madère. Vous voyez que je vous gâte. Soyez bien sages, et ne vous mangez pas à propos du duc de Camors, qui n'en vaut pas la peine.

IIENR I.

Sois tranquille.

Madame de Néris sort avec Justine.

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