SCÈNE VIII
BAPTISTE, puis CAROLINE
BAPTISTE, seul.
Il a suffi d'un petit mensonge pour la mettre en fuite. Maintenant, je ne suis pas fâché d'avoir pris ce déguisement... Mais, attention, j'entends quelqu'un.
l\ se mot à ranger.
CAROLINE, arrivant, à part.
Je suis sûre que Marie n'a quitté si vite la table que pour venir causer avec Baptiste. Mais non, elle n'est pas là. Tant mieux ; je vais, sans faire semblant de rien, le faire bavarder adroitement. (Haut.) Baptiste, écoutez-moi ; j'ai un renseignement à vous demander. Mes sœurs sont très-curieuses , et, pendant le dîner, elles n'ont fait que parler de monsieur de Glary, parce qu'il doit épouser une de nos amies. C'est bien naturel, vous voyez, (a part.) Comme je suis adroite, bien qu'en dise Marie !
BAPTISTE
Mais, mademoiselle, quel renseignement puis-je vous
donner? Je pense que votre amie sera parfaitement lieureuse avec monsieur de Clary.
CAROLINE
Cela dépend de bien des choses... Quelle figure a-t-il?
BAPTISTE
Il a une ligure comme lout le monde, comme moi, par exemple. Nous nous ressemblons d'une manière étonnante. Qui voit l'un, connaît l'autre.
CAROLINE
Alors, il est passable, (a part.) Pourtant j'espérais mieux. (Haut.) Mais encore, dites-moi : il a l'air sentimental, rêveur; il a les mains blanches, la tournure distinguée ; il soigne ses cheveux, il ne parle pas du nez; il a de bons principes et danse la polka?
B APTI STE
Dame! mademoiselle, vous demandez toutes les perfections. 11 en est quelques-unes qu'on prise peu à la campagne.
CAROLINE
A la campagne ! Monsieur de Clary habite la campagne?
BAPTISTE
La plus grande partie de l'année; une belle habitation,
du reste, dont il vient dernièreruent de renouveler l'ameublement.
Oh fi! la campagne !... Il n'est que Paris pour les belles manières. A la campagne, on ne rencontre que des êtres grossiers qui parlent mal et sentent le fumier. A quoi votre maître peut-il passer son temps?
BAPTISTE
Il fait ce que vous faites ici, un peu de bien, et puis il s'occupe de ses terres; il chasse avec ses amis.
CAROLINE
Il chasse I II ne manquait plus que cela. Oh! que je plains ma pauvre amie! Comment peut-il y avoir des êtres assez cruels pour tuer de pauvres petites bêtes qui ne demandent qu'à vivre, d'innocentes perdrix, des lièvres, des lapins?
BAPTISTE
Vous préféreriez peut-être les manger tout vivants...
Je vous remercie de ces détails. Adieu, Baptiste; je pense que votre dîner doit être prêt.
Elle sort.
SCÈxNE IX
BAPTISTK, puis JUSTINE.
BAPTISTE, seul.
Et de deux ! Si cela continue, je m'en irai Gros-Jean comme je suis venu. Ce serait dommage.
JUSTINE, entrant.
Eh bien, monsieur Baptiste, le A"ner est servi. Venez donc, on vous attend. La cuisinière /ous a placé près d'elle; mais méfiez-vous, c'est une mauvaise langue. Elle ne m'aime pas.
BAPTISTE, à pan.
Une mauvaise langue, tant mieux; j'aurai peut-être enfin quelques renseignements positifs, (uaut.) Mademoiselle Justine...
Il offre le bras à Justine et ils sortent tous deui, pendant que Louise, Marie et Caroline entrent par l'autre porte.